Forfaits hors de prix, service médiocre : Digicel rackette la pauvreté haïtienne
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Dans un pays où la majorité de la population survit avec moins de deux dollars par jour, Digicel vend la connectivité comme un produit de luxe. Sous couvert de modernité et de connectivité universelle, l’opérateur téléphonique impose des tarifs qui frisent l’indécence dans un contexte socio-économique marqué par la précarité extrême.
À première vue, certaines offres comme DigiPaleNèt peuvent sembler accessibles : 120 gourdes (environ 0,80 USD) pour 6 Go de données et des appels illimités pendant 24 heures. Mais pour une famille vivant au seuil de l’extrême pauvreté, cette dépense représente le prix d’un repas, parfois deux. Ce qui est présenté comme une solution numérique devient, en réalité, une charge quotidienne insoutenable.
Le véritable problème n’est pas l’absence d’offres, mais le décalage brutal entre les prix pratiqués et le pouvoir d’achat réel des Haïtiens. À 130 gourdes (près de 0,95 USD) par jour, les plans dits « illimités » deviennent une hémorragie financière pour des foyers déjà étranglés par la survie. Une semaine de connexion coûte 800 gourdes (5,84 USD), un mois : 3 000 gourdes (21,90 USD) — soit plus que ce que gagnent beaucoup d’Haïtiens en plusieurs semaines. La télécommunication, censée être un levier de développement, se transforme alors en piège économique.
Pire encore, la qualité du service ne suit pas. Connexions lentes, interruptions fréquentes, instabilité du réseau : les plaintes se multiplient. Le contraste est flagrant entre les promesses de l’« illimité » et la réalité vécue par les usagers. Ce n’est plus seulement un écart entre le marketing et les faits : c’est une exploitation méthodique d’un besoin fondamental — celui de communiquer, d’apprendre, de travailler, de rester informé.
Dans un monde où Internet est devenu un droit d’accès à l’éducation, à l’emploi et à l’information, Digicel transforme ce droit en privilège inaccessible. Le coût de la connexion numérique devient un luxe que les plus pauvres ne peuvent s’offrir qu’au prix de sacrifices vitaux.
Et pendant ce temps, les autorités de régulation gardent le silence. Pourquoi laisser un opérateur privé fixer ses tarifs sans aucun rapport avec la réalité économique du pays ? Pourquoi permettre qu’un outil aussi essentiel que la télécommunication serve à pressurer les plus vulnérables ?
Le mutisme des institutions contraste avec le cri silencieux de millions d’Haïtiens, contraints de choisir chaque jour entre se nourrir ou se connecter. Digicel ne vend pas seulement des forfaits : elle vend une illusion de progrès à crédit, dans un pays qui n’en a pas les moyens.
Djovany Michel est PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média d’investigation spécialisé dans la lutte contre la corruption en Haïti, l’impunité, la mauvaise gouvernance et les abus de pouvoir. Journaliste anticorruption engagé, il mène des enquêtes sur les scandales financiers et les réseaux d’influence au cœur de l’État haïtien.
