Trafic illicite, contrebande, corruption : les ports haïtiens pris en otage et siphonnés par les oligarques Mevs, Bigio et Baussan
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Sûreté portuaire : Haïti sous alerte rouge – L’US Coast Guard menace d’isoler le pays tandis que les oligarques maintiennent leur emprise sur les ports et plongent le pays dans le chaos.
La Garde côtière américaine (USCG) a placé Haïti sous alerte maximale après avoir constaté que le pays n’applique pas efficacement les normes du Code ISPS, essentielles pour la sûreté maritime internationale. Dans son dernier rapport, publié en novembre 2025, l’USCG accorde 90 jours aux autorités haïtiennes pour corriger des failles jugées « graves et systémiques ». Faute d’action, tout navire venant d’Haïti pourrait être interdit d’accès aux ports américains, une sanction qui paralyserait une économie déjà fragile.

Photo tirée des réseaux sociaux montrant l’un des ports d’Haïti.
Mais derrière cette mise en garde se cache une réalité encore plus explosive : les ports haïtiens sont massivement infiltrés par des intérêts privés, oligarchiques et criminels, devenus les véritables maîtres des flux maritimes du pays.
Selon plusieurs sources douanières et sécuritaires, armes, munitions, drogue, organes et marchandises illégales transitent par ces installations, souvent avec la complicité de réseaux politico-économiques puissants. L’État n’a plus le contrôle effectif de ses ports : ce sont les barons économiques qui dictent les règles.
Qui contrôle réellement les ports d’Haïti ?
- Terminal Varreux – Famille Mevs (SHODECOSA / WIN Group)
Lieu : Cité Soleil
Type : Pétrole + cargo
Contrôle : SHODECOSA et WIN Group (famille Mevs)
Influence : Très élevée – principal point d’entrée du carburant en Haïti.
Pour conserver sa mainmise et continuer à opérer, les Mevs financeraient les différents groupes terroristes occupant Cité Soleil.
En septembre 2022, à la suite de l’annonce par le gouvernement Ariel Henry de la suppression des subventions aux carburants, la coalition G9 a creusé des tranchées et placé des conteneurs comme barrières sur la route menant au Terminal Varreux. Celui-ci a alors été bloqué, empêchant le passage des camions-citernes et provoquant une grave crise de carburant à Port-au-Prince, avant que les oligarques de la famille Mevs ne trouvent une entente avec les gangs armés.
Le 22 avril 2024, un nouvel épisode : des hommes armés ont saisi des camions et exigé la fermeture du terminal, bloquant les accès routiers. Avant d’accepter de l’ouvrir, ils imposaient des frais de passage par camion.
- Port Lafito – GB Group (Famille Bigio)
Lieu : Lafiteau
Type : Port privé moderne (conteneurs + carburant)
Contrôle : GB Group (Gilbert Bigio)
Influence : Très élevée.
Bigio a été sanctionné par le Canada le 5 décembre 2022. Ses avoirs sont gelés et toute transaction avec lui est interdite.
Motifs principaux :
Soutien présumé à des gangs armés en Haïti (financement, protection ou facilitation d’activités criminelles).
Corruption et blanchiment, via un vaste réseau de sociétés offshore révélé dans les Pandora Papers.
Contribution supposée à l’instabilité et à la violence qui ravagent le pays.
- Port international de Port-au-Prince – APN
Lieu : Centre-ville
Type : Port public
Réalité : Infiltré par des réseaux douaniers privés, familles économiques dominantes et monopoles historiques.
Le contrat APN–CPS, signé le 4 décembre 2023, offre à Édouard Baussan, via CPS, jusqu’à 27 ans de contrôle sur une zone stratégique du port de Port-au-Prince. Cette prise de contrôle transforme une infrastructure publique en source privée de pouvoir et de profits, et lui profiterait pour faciliter ses trafics illicites présumés, selon plusieurs sources du secteur portuaire.
- Terminal GNB / WINECO – Famille Mevs
Lieu : Port-au-Prince
Type : Conteneurs / énergie
Contrôle : Réseau Mevs (WINECO – GNB)
Influence : Élevée. - Ports régionaux (Saint-Marc, Cayes, Cap-Haïtien, Miragoâne)
Contrôle : APN en façade, mais logistique, entrepôts et transport dominés par ces mêmes grands commerçants et intérêts privés régionaux.
Un ultimatum qui frappe au cœur du système
Cap-Haïtien : contrôlé officiellement par l’APN, mais dominé dans les faits par des réseaux douaniers et commerçants protégés politiquement.
Labadie : sous le contrôle exclusif de Royal Caribbean, totalement hors de portée de l’État haïtien.
À qui appartient l’hélicoptère qui s’est écrasé ? D’où viendra l’argent pour le remplacer ? André Apaid va-t-il payer, ou l’État haïtien s’apprête-t-il à éponger un désastre privé avec des fonds publics ? Le pays exige des réponses claires.
Port-de-Paix : zone d’influence des réseaux de contrebande entre Haïti et les Bahamas.
Dans le Grand Sud, comme partout en Haïti, ce ne sont pas l’État ni les autorités portuaires qui contrôlent les ports : ce sont les mêmes familles oligarchiques, Mevs, Bigio et Baussan, qui imposent leur mainmise, manipulent les déclarations douanières et transforment ces infrastructures en corridors de contrebande. Le Grand Sud n’échappe pas au pillage organisé.
Cette décision de l’US Coast Guard expose brutalement ce que tout le monde sait mais que l’État refuse d’affronter :
les ports haïtiens ne sont pas des infrastructures publiques, mais les épicentres d’un système mafieux qui finance la violence nationale.
Sans une rupture entre :
● les intérêts économiques oligarchiques
● les réseaux douaniers corrompus
● et les acteurs politiques complices
aucune réforme technique ne rétablira la sûreté portuaire.
Ces 90 jours représentent la dernière chance pour Haïti de reprendre le contrôle de ses ports et de couper le cordon qui nourrit les gangs, la corruption, l’économie parallèle et l’effondrement de la sécurité nationale.
Il faut rappeler que Gérald Remplais a été installé à la tête de l’Administration générale des douanes (AGD) le 22 septembre 2025, une nomination orchestrée sous la pression d’Édouard Baussan, d’Olivier Barreau et de Marc-Antoine Acra, trois figures centrales accusées de contrôler dans l’ombre les principaux circuits douaniers du pays.

La capture d’écran montre le mandat émis par le juge Pierre Louis Massillon contre Gérald Remplais, accusé de trafic illégal d’armes et de munitions, blanchiment de capitaux, financement du terrorisme, fausse monnaie, fraude fiscale, fraude douanière et contrebande.
Cette décision scandalise, d’autant que Remplais a déjà été inculpé pour trafic d’armes, un passé judiciaire qui aurait dû le disqualifier de toute fonction stratégique. Son installation marque une nouvelle étape dans la capture totale de l’AGD par les réseaux oligarchiques, ouvrant la voie à la poursuite de trafics, de contrebande et de la saignée financière du pays sous couverture institutionnelle.
Il faut aussi rappeler que Jean Evens Charles a été réinstallé à la tête de l’APN le 22 septembre 2025, malgré son implication dans un scandale de détournement de 10 millions de dollars révélé par l’ULCC.
Selon le rapport anticorruption, il avait été recommandé pour poursuites pour manquements graves dans le contrôle des chèques maritimes et dans une affaire comprenant plus de 140 chèques falsifiés. Dix ans plus tard, le dossier reste impuni… et il revient diriger la même institution au cœur du scandale.
Pour réparer la situation à l’APN et aux Douanes, il faut suspendre les dirigeants impliqués, rouvrir les dossiers de détournements (dont les 10 millions), lancer des audits indépendants, bloquer les contrats suspects et placer temporairement ces institutions sous supervision neutre. Sans ces mesures fortes, ports et douanes resteront des machines à corruption.