Controverses autour du rapport de la BINUH : mobilisation à Miragoâne en soutien au commissaire Muscadin
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Une vaste mobilisation s’est tenue ce lundi 17 novembre 2025, à Miragoâne pour soutenir le commissaire du gouvernement Jean Ernest Muscadin, récemment indexé dans le dernier rapport du BINUH pour de nombreuses exécutions extrajudiciaires. Le rapport affirme qu’entre avril et juin 2025, le commissaire aurait revendiqué l’exécution d’au moins 27 individus et qu’au total, depuis 2022, plus de 80 exécutions sommaires lui seraient attribuées. Pour la BINUH, ces actes constituent de graves violations des droits humains et traduisent un fonctionnement en dehors de tout cadre légal.
Dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, les manifestants scandent le nom du commissaire et entonnent : « Kou yo wè Muscadin, kè yo sote ! Kou yo wè Muscadin, kè yo sote ! Kisa BINUH te ye pou l ta pale de Muscadin n lan ? Kisa BINUH pou l ta pale de Muscadin n lan ? », exprimant ainsi leur rejet du rapport onusien et leur solidarité avec le magistrat.

Une photo de l’écrivain Gary Victor en plein air.
Mais ces conclusions suscitent de vives réactions dans la société haïtienne, dont certaines voix influentes, notamment l’écrivain Gary Victor, remettent en question la légitimité morale de la BINUH. Selon ces critiques, l’organisme onusien n’a jamais montré un réel intérêt pour les souffrances de la population, souvent livrée aux violences des gangs. Une partie de l’opinion l’accuse même de complaisance envers certains groupes armés, rappelant que des responsables internationaux avaient jadis encouragé ou applaudi la fédération de gangs dans la capitale. Pour ces détracteurs, la BINUH n’aurait donc aucune autorité éthique pour condamner Muscadin, considéré dans les Nippes comme l’un des rares fonctionnaires à affronter ouvertement les criminels.
Ces critiques interviennent dans un contexte où la méfiance à l’égard des institutions est exacerbée, notamment après l’opération policière précipitée menée contre le chef de gang de Croix-des-Bouquets, immédiatement après les accusations de ce dernier contre Andy Apaid. Plusieurs observateurs dénoncent la rapidité inhabituelle de cette intervention, alors que des zones comme Martissant, Carrefour-Feuilles ou Village-de-Dieu n’ont jamais bénéficié d’un tel déploiement. Le silence d’une partie de la presse, soupçonnée de dépendance envers certains acteurs économiques, aggrave cette impression d’un système miné par la corruption et les intérêts privés. Pour beaucoup, les discours sur la démocratie et les droits humains sonnent comme une rhétorique creuse, répétée par ceux qui profitent du chaos, tandis que « le pays saigne de partout ».
Gerlanda F.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
