Mort de Stephora Anne-Mircie : quatre employées du Leonardo Da Vinci arrêtées en République dominicaine
5 min readLa mort de Stephora Anne-Mircie Joseph, 11 ans, lors d’une excursion scolaire en République dominicaine, a conduit à l’arrestation de quatre employées de l’Institut Leonardo Da Vinci pour « homicide involontaire ». Entre négligences présumées et indignation publique, l’affaire prend une dimension bilatérale, alors que les autorités haïtiennes sont accusées d’avoir réagi avec un retard injustifiable.
Une excursion qui vire au drame

La fillette Stephora Raphael Josef, âgée de onze ans, est morte lors d’une excursion scolaire, en République dominicaine, le 14 novembre 2025.
Le décès tragique de la jeune Haïtienne Stephora Anne-Mircie Joseph, âgée de 11 ans, continue de provoquer une onde de choc en République dominicaine comme en Haïti. Le ministère public dominicain a annoncé, samedi 6 décembre 2025, l’arrestation de quatre employées de l’Institut Leonardo Da Vinci, où était scolarisée l’enfant, pour leur implication présumée dans ce drame survenu le 14 novembre lors d’une excursion à la hacienda Los Caballos, à Gurabo.
Des manquements graves pointés du doigt

Faride Raful, ministre de l’Intérieur et de la Police.
Les autorités ont retenu contre elles des accusations d’« homicide involontaire », estimant que de graves fautes ont été commises dans l’organisation et la supervision de l’activité scolaire. L’excursion rassemblait 87 élèves encadrés par seulement trois surveillantes, un ratio jugé largement insuffisant pour garantir la sécurité des enfants, particulièrement dans un environnement comportant des piscines profondes.
Aucun dispositif de sécurité
D’après les premiers éléments de l’enquête, aucun dispositif de sécurité n’avait été mis en place : absence de bouées, de gilets de sauvetage et de protocoles de surveillance active, alors que plusieurs élèves se trouvaient près de l’eau. Les enquêteurs signalent également qu’aucune vérification préalable n’a été effectuée concernant la capacité des enfants à nager, ni d’autorisation spécifique des parents à ce sujet.
Quatre responsables arrêtées
Les quatre employées arrêtées sont Yris del Carmen Reyes Adames, directrice administrative de l’établissement, Gisela González, coordinatrice générale, Francisca Josefina Tavarez Vélez, orientatrice, et Vilma Altagracia Vargas Morel, coordinatrice du niveau secondaire. Elles sont accusées d’avoir fait preuve d’une négligence grave dans l’organisation de l’excursion, ayant directement contribué aux circonstances ayant mené à la mort de la fillette.
Une vidéo clé : chaos, panique et absence de réaction
Un élément clé du dossier est une vidéo filmée sur les lieux, présentée comme preuve centrale par le ministère public. Selon les enquêteurs, les images montrent une absence flagrante de réaction des accompagnatrices au moment où l’enfant disparaît dans l’eau. Dans l’enregistrement, un adolescent déclare même : « Loco, a mí me van a botar del colegio » (« Mec, ils vont me renvoyer de l’école »), alors que le corps de Stephora repose encore dans la piscine, révélant l’ampleur du désordre et de la panique.
Inspection urgente de l’établissement
À la suite de ces révélations, le ministère public a demandé qu’une inspection conjointe soit menée en urgence au sein de l’Institut Leonardo Da Vinci afin d’identifier d’éventuelles défaillances structurelles susceptibles de mettre en danger l’intérêt supérieur des élèves. L’affaire a été confiée au procureur adjoint Wilson Camacho et à la procureure Olga Diná Llaverías, reconnus pour leur expertise en matière de protection de l’enfance.
Pressions médiatiques et suspension des activités de l’école
Le drame a suscité une forte indignation dans les médias et au sein de la population. L’école n’a pas été formellement fermée par les autorités, mais a dû suspendre ses activités face aux pressions des parents et à l’ampleur de la controverse.
Une réaction haïtienne jugée tardive

Note officielle publiée le 5 décembre 2025 par le Conseil présidentiel de transition (CPT) d’Haïti, adressée aux autorités dominicaines au sujet de la fillette haïtienne Stephora Anne-Mircie, décédée le 14 novembre 2025
En Haïti, le Conseil présidentiel de transition a demandé, le 5 décembre, que toute la lumière soit faite sur les circonstances entourant la mort de Stephora. Cette intervention, survenue trois semaines après les faits, a provoqué un malaise profond chez de nombreux parents et observateurs.
Alors que l’enfant était de nationalité haïtienne, aucune prise de position officielle n’était intervenue avant la montée du scandale médiatique.
Plusieurs voix dénoncent :
un manque de vigilance de l’État
une absence de soutien rapide à la famille
une diplomatie réactive plutôt que proactive
Dans un contexte où les relations entre Haïti et la République dominicaine sont particulièrement sensibles, cette lenteur est perçue comme une fragilité institutionnelle. La réaction aurait dû être immédiate, ne serait-ce que pour protéger la dignité de la victime et ouvrir un canal formel avec les autorités dominicaines.
Les familles réclament justice
La vice-présidente dominicaine, Raquel Peña, a également réclamé des explications complètes. Les familles exigent vérité, justice et des mesures de sécurité renforcées dans les établissements scolaires. L’enquête se poursuit.
Gerlanda F.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
