Pierre Espérance accuse sans prouver, Mario Andrésol échoue à protéger : le double naufrage
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Une accusation grave, sans preuves publiques établies
Le Secrétaire d’État à la Sécurité publique, Mario Andrésol, est récemment monté au créneau pour démentir avec fermeté des accusations portées contre lui par Pierre Espérance, directeur exécutif du RNDDH.
En cause : une allégation de liens supposés avec la coalition de gangs « Viv Ansanm » accusation jugée infondée et dangereuse par le Bureau du Secrétaire d’État.

Note de démanti du Bureau du Secrétaire d’État à la Sécurité publique, publiée le 5 janvier 2026.
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Note de démanti du Bureau du Secrétaire d’État à la Sécurité publique, publiée le 5 janvier 2026.
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Dans une note de démenti publiée le 5 janvier 2026, l’entourage de Mario Andrésol dénonce une opération de désinformation, rappelant l’absence de tout élément factuel vérifiable. Dans un contexte sécuritaire déjà explosif, ce type de déclaration publique, non étayée, contribue à fragiliser davantage les institutions.
Pierre Espérance : la dénonciation sans preuves, une méthode récurrente ?
Ce n’est pas la première fois que Pierre Espérance est accusé d’user de l’arme médiatique sans produire de preuves solides. Si la dénonciation des violations des droits humains est légitime et nécessaire, elle cesse de l’être lorsqu’elle glisse vers l’accusation publique sans fondement, exposant des personnes à des risques réels dans un pays où la rumeur peut tuer.
Plusieurs observateurs dénoncent une confusion dangereuse entre militantisme et règlements de comptes, où la parole se substitue à l’enquête, et l’accusation au contradictoire. Cette dérive affaiblit non seulement la crédibilité de la société civile, mais aussi la lutte authentique pour les droits humains.
Mario Andrésol : un parcours sécuritaire, mais un bilan loin d’être irréprochable
Pour autant, Mario Andrésol n’est pas un saint. Son parcours ancien officier des Forces armées d’Haïti, ex-commissaire de police à Pétion-Ville, ancien directeur de la DCPJ et directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH) durant sept ans témoigne d’une longue présence au cœur de l’appareil sécuritaire.
Mais cette longévité pose aussi une question centrale : pourquoi l’insécurité a-t-elle atteint un tel niveau après des décennies de gestion par les mêmes profils ?
L’échec collectif de la chaîne sécuritaire haïtienne ne peut être balayé par un simple démenti. La fonction de Secrétaire d’État à la Sécurité publique est certes stratégique et consultative, mais elle participe au système qui a failli à protéger la population.
Un précédent judiciaire révélateur : l’affaire Esaü César
En janvier 2026, le journaliste Esaü César, alias Ti Jan, a poursuivi Pierre Espérance pour diffamation après avoir été accusé publiquement de liens avec des gangs armés.
Cette procédure, engagée par citation directe correctionnelle, a mis en lumière un schéma inquiétant : accusations publiques, forte exposition médiatique, puis absence de preuves judiciaires.
Esaü César, assisté de Me Caleb Jean-Baptiste, avait rappelé être consultant au sein de la PNH et membre de la 3ᵉ promotion de l’institution, tout en révélant avoir lui-même été ciblé par des menaces de kidnapping. Un paradoxe qui interroge sur la légèreté de certaines accusations.
Entre irresponsabilité militante et faillite institutionnelle
Cette nouvelle polémique illustre une double impasse haïtienne :
D’un côté, des acteurs de la société civile qui banalisent l’accusation publique, au risque de transformer la défense des droits humains en arme politique.
De l’autre, des responsables sécuritaires expérimentés qui, malgré leur parcours, n’ont pas empêché l’effondrement de l’État face aux gangs.
La vérité ne se trouve ni dans la diffamation, ni dans l’auto-absolution.
Exiger des preuves, réclamer des comptes
Dans une Haïti prise en otage par la violence armée, chaque parole publique engage des vies.
Pierre Espérance doit produire des preuves ou se taire.
Mario Andrésol doit assumer sa part de responsabilité politique et institutionnelle dans l’échec sécuritaire.
Sans rigueur, sans enquêtes sérieuses et sans reddition de comptes, la parole publique devient une arme de chaos supplémentaire et le pays continue de sombrer, entre accusations gratuites et impunité structurelle.