Va-et-vient politique au CPT : Smith Augustin ne sait plus où se positionner
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Le conseiller-président Smith Augustin se retrouve aujourd’hui au cœur d’une controverse politique née de ses prises de position successives sur le renvoi du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Dans un message publié sur X, il assume pleinement son vote et sa signature en faveur de cette décision, alors que, quelques jours plus tôt, il alertait officiellement sur les risques de divisions internes et appelait à la concertation avant toute finalisation. Ce revirement apparent alimente le débat sur la cohérence et le positionnement réel du conseiller-président au sein du Conseil présidentiel de transition (CPT).

Le message publié sur X par Smith Augustin, assumant son vote en faveur du renvoi du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, le 25 janvier 2026.
Dans son message rendu public, Smith Augustin affirme sans ambiguïté : « Sur recommandation des secteurs politiques, une majorité qualifiée du CPT a voté le renvoi du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Cette décision était une condition claire à la poursuite du dialogue national, à la veille du 7 février 2026. Une solution haïtiano-haïtienne à la crise était en construction. » Il ajoute : « J’ai voté, j’ai signé. J’ai pris cette décision en toute légalité, dans l’exercice plein et entier de mes prérogatives présidentielles. Je l’assume pleinement. » Par ces mots, le conseiller-président se place dans une posture d’autorité assumée, revendiquant la légitimité juridique et politique de son acte.

La correspondance de Smith Augustin, adressée au coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, le 23 janvier 2026, exprimait auparavant de sérieuses réserves quant à la révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Smith Augustin va plus loin en inscrivant son choix dans une trajectoire personnelle et morale. « Je suis auteur, enseignant-chercheur, diplomate et militant de droits humains. Jésuite, j’ai été éduqué à la morale chrétienne et à la justice sociale », écrit-il, avant de préciser : « Je défends les intérêts supérieurs de la Nation sans compromis, fidèle à mes valeurs et déterminé à montrer à la jeunesse que l’autorité se fonde aussi sur le courage et la cohérence. » Il conclut sur un ton combatif : « Je ne crains ni les pressions ni les calomnies, mais seulement le jugement de l’Histoire. Cette machination politique doit cesser. Haïti ne sera pas l’otage des stratégies de destruction de l’autre. »
Pourtant, cette posture tranche nettement avec le contenu de la correspondance officielle qu’il adressait auparavant au président du CPT, Laurent Saint-Cyr, le vendredi 23 janvier dernier. Dans cette lettre, Smith Augustin rappelait que « le mercredi 21 janvier 2026, une majorité des membres du Conseil présidentiel de transition (CPT) a décidé de signer une résolution visant un changement au niveau du gouvernement », tout en soulignant que cette décision « engendre des divisions internes et contribue à fragiliser davantage les fondements de l’État, allant jusqu’à mettre à l’épreuve le principe même de notre souveraineté nationale ». Il plaidait alors pour une réunion urgente afin de « dégager entre nous un consensus minimal » et parvenir à « un accord politique plus large » garantissant stabilité et élections crédibles.
Ce va-et-vient discursif interroge. D’un côté, Smith Augustin se présente aujourd’hui comme un acteur ferme, sûr de son choix et prêt à l’assumer devant l’Histoire. De l’autre, il exprimait récemment une profonde inquiétude face aux conséquences politiques de la même décision qu’il défend désormais publiquement. Cette oscillation entre prudence institutionnelle et affirmation personnelle brouille son positionnement et fragilise son message.
Dans un contexte de transition déjà marqué par la méfiance et les fractures internes, cette ambiguïté nourrit les critiques. Elle donne l’image d’un responsable hésitant entre la recherche du consensus et l’alignement sur une majorité conjoncturelle. À force de changer de registre sans clarification politique assumée, Smith Augustin risque de renforcer le sentiment d’improvisation au sommet de l’État, là où la cohérence et la lisibilité des décisions demeurent pourtant essentielles pour restaurer la confiance nationale.