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Haïti : fin de mandat chaotique au CPT, un État pris en otage par des manœuvres de dernière minute

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À trois jours de la fin officielle du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), le pays assiste à une scène d’agitation et de confusion au sommet de l’État, révélatrice d’un pouvoir à bout de souffle. Après près de 22 mois marqués par des échecs répétés, une incapacité manifeste à rétablir la sécurité et de profondes divisions internes, certains membres du CPT prétendent aujourd’hui régler en quelques jours ce qu’ils n’ont pas su construire en presque deux ans. Cette précipitation de fin de règne alimente un climat d’incertitude institutionnelle et renforce la perception d’un exécutif déconnecté des urgences nationales.

Dans ce contexte tendu, des manœuvres concurrentes se multiplient. Le clan proche de Jean Renel Sénatus pousse une initiative orientée vers la Cour de cassation, tandis qu’un autre bloc de conseillers — dont Edgard Leblanc, Leslie Voltaire et Gérald Gilles, tous visés par des sanctions internationales — tente d’imposer des résolutions de dernière minute. Ces initiatives parallèles traduisent un profond désordre au sein du CPT et exposent un organe dépourvu d’autorité morale, de vision cohérente et de légitimité politique, à quelques jours seulement de son départ annoncé.

Pour de nombreux observateurs, cette cacophonie institutionnelle confirme que le CPT n’a jamais réellement fonctionné comme un véritable organe de transition. Loin de préparer une sortie ordonnée de crise, il s’est transformé en un champ de bataille d’ambitions personnelles, où les intérêts individuels ont systématiquement pris le pas sur l’intérêt général. Les résolutions concurrentes et les tentatives de passage en force de dernière heure renforcent l’idée d’un pouvoir acculé, cherchant à laisser des traces avant de disparaître, au mépris de la stabilité de l’État.

Face à cette impasse, plusieurs analystes estiment que la continuité de l’État devrait s’opérer automatiquement par le Conseil des ministres, conformément à l’article 28.1 de l’accord du 3 avril, qui confie explicitement la relève au Premier ministre en fonction après le départ du CPT. Ils avertissent toutefois que les conseillers présidentiels, en persistant à imposer des décisions hors de tout cadre consensuel à quelques jours de la fin de leur mandat, s’exposent à de lourdes conséquences politiques, voire à des mesures coercitives supplémentaires, tant au niveau national qu’international.

Léandro S. Léonard

Djovany Michel est PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média d’investigation spécialisé dans la lutte contre la corruption en Haïti, l’impunité, la mauvaise gouvernance et les abus de pouvoir. Journaliste anticorruption engagé, il mène des enquêtes sur les scandales financiers et les réseaux d’influence au cœur de l’État haïtien.

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