Bilan du CPT, entre corruption, dérives et collusion avec les gangs (2024‑2026)
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Le Conseil présidentiel de transition (CPT), créé après l’accord politique du 3 avril 2024, avait pour mission d’assurer une gouvernance transitoire et de préparer des élections générales avant le 7 février 2026. Cependant, près de deux années de transition ont été marquées par des crises politiques, des scandales financiers et une aggravation de l’insécurité, laissant un bilan profondément critique pour le pays.
Une transition née dans la crise et marquée par la violence
Officiellement installé en avril 2024, le CPT est intervenu dans un contexte de violence extrême, dominé par des gangs criminels contrôlant de larges pans du territoire, en particulier à Port‑au‑Prince.

Des personnes déplacées dans un camp à Port-au-Prince, image circulant sur les réseaux sociaux.
Un rapport onusien attribue à la période avril 2024 – décembre 2025 plus de 10 000 morts liés à la violence et plus de 1,3 million de personnes déplacées à l’intérieur du pays, illustrant l’incapacité du CPT à endiguer la crise sécuritaire. En janvier 2026, le représentant de l’ONU déclarait devant le Conseil de sécurité que 80 % de Port‑au‑Prince demeurait sous l’influence ou le contrôle des gangs, soulignant que sans progrès politique et sécuritaire simultanés, la transition resterait suspendue à l’insécurité.
Absence d’élections et dégradation institutionnelle
Malgré sa mission centrale, le CPT n’a jamais organisé d’élections crédibles avant la date butoir du 7 février 2026. Aucune feuille de route consensuelle n’a été établie, et les conditions de sécurité et logistiques minimales n’ont jamais été réunies.
À l’approche de la fin du mandat, plusieurs acteurs politiques et organisations internationales ont souligné la nécessité d’une gouvernance claire et d’une transition ordonnée.
Manœuvres financières illégales à la veille de la fin du CPT

Capture d’écran de la note de presse publiée le 29 janvier 2026, relative aux manœuvres financières illégales à la veille de la fin du CPT.
Le 29 janvier 2026, le RHAJAC dénonçait les pratiques jugées illégales du ministre de l’Économie et des Finances, Alfred Fils Metellus, accusé de « procéder à un pillage accéléré des caisses de l’État » en dehors des normes légales. Ces opérations auraient été menées en complicité avec les conseillers-présidents Fritz Alphonse Jean, Smith Augustin, Emmanuel Vertilaire, Leslie Voltaire, Edgard Leblanc Fils et Louis Gérald Gilles, pour garantir leur impunité et renforcer leur influence politique avant la fin officielle de la transition.
Le RHAJAC réclamait la révocation immédiate de Metellus et alertait contre toute tentative d’imposer un Premier ministre par des accords clandestins.
Scandales d’extorsion et liens bancaires
Toujours durant la période du CPT, un scandale d’extorsion de 100 millions de gourdes via la Banque nationale de crédit (BNC) a été identifié, impliquant les conseillers Louis Gérald Gilles, Emmanuel Vertilaire et Smith Augustin, voulant détourner des fonds publics à des fins personnelles.
Collusion avec les gangs armés et atteinte à la sécurité nationale
Certains conseillers-présidents, notamment Fritz Alphonse Jean, Leslie Voltaire et Edgard Leblanc Fils, étaient soupçonnés de liens avec des gangs armés. Ces alliances ont servi à maintenir l’influence criminelle au cœur de l’État et à neutraliser les enquêtes judiciaires en cours, créant un climat d’impunité généralisé. Le réseau avertissait que ces pratiques risquaient de plonger Haïti dans un chaos politique et sécuritaire irréversible.
Non-respect de la justice et nominations controversées
Le 22 septembre 2025, la nomination de Gérald Remplais à la tête de l’Administration générale des Douanes (AGD) a été dénoncée par le RHAJAC. Remplais faisait l’objet d’une ordonnance d’instruction judiciaire et avait refusé de se présenter à la Cour d’appel, un comportement qualifié de rébellion judiciaire. Le réseau demandait une interdiction de départ et sa prise de corps immédiate pour garantir sa comparution.
COMMUNIQUÉ OFFICIEL 22/09/2025 – Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption https://share.google/7f135c8PptxTA7ZzT
Appels à des mesures conservatoires

Appels du RHAJAC, le 22 janvier 2026, à des mesures conservatoires contre les conseillers-présidents impliqués dans des scandales financiers graves et des collusions avec les gangs.
Le 22 janvier 2026, le RHAJAC a demandé au commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Port-au-Prince, Me Patterson Dorval, d’ordonner des interdictions de départ pour les conseillers impliqués dans des scandales financiers et liés aux gangs, ainsi qu’un remaniement ministériel pour préparer des élections crédibles.
Sanctions américaines contre le CPT
Suite aux dénonciations du RHAJAC, les États-Unis ont annoncé, le 28 janvier 2026, des sanctions contre Alfred Fils Metellus, et les conseillers Leslie Voltaire et Smith Augustin, pour collusion présumée avec des gangs armés et contribution à la déstabilisation du pays. Tous les visas valides des responsables et de leur famille immédiate ont été révoqués. Ces mesures visaient à contrer l’influence des gangs armés et à mettre fin à toute action déstabilisatrice au sein de l’État.
Fin du mandat sans solution de remplacement
Le 7 février 2026, le CPT a officiellement terminé son mandat, laissant Haïti dans un état de fragilité politique, avec un contrôle gangstérisé de larges zones du pays et des élections encore incertaines. Les critiques soulignent que la transition a été marquée par des promesses non tenues, corruption, inefficacité et aggravation de la sécurité.
Entre avril 2024 et février 2026, le CPT a échoué à mettre en place une gouvernance stable et des élections crédibles. La période a été marquée par corruption, abus de pouvoir, collusions avec des gangs, détournements financiers et scandales d’extorsion, ainsi que par sanctions internationales et critiques des organisations civiles.
Le bilan laisse Haïti dans un limbo institutionnel, avec des institutions incapables de garantir sécurité et justice. Il faut rappeler que nul n’est au-dessus de la loi et insister sur la nécessité d’une action judiciaire contre tous les concernés et d’une transition transparente pour restaurer la confiance dans l’État haïtien.
Léandro S Léonard
Djovany Michel est PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média d’investigation spécialisé dans la lutte contre la corruption en Haïti, l’impunité, la mauvaise gouvernance et les abus de pouvoir. Journaliste anticorruption engagé, il mène des enquêtes sur les scandales financiers et les réseaux d’influence au cœur de l’État haïtien.
