Seul un président élu pourra remplacer le Premier ministre, selon le Conseil des ministres présidé par Alix Didier Fils-Aimé
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Réuni en séance spéciale le 7 février 2026, le Conseil des ministres, présidé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, a adopté une série de décisions majeures redéfinissant l’exercice du pouvoir exécutif en Haïti. Dans un communiqué officiel publié par la Primature, le gouvernement annonce qu’en raison de la vacance de la Présidence de la République, « le Pouvoir Exécutif est placé sous l’égide du Conseil des Ministres » et que cette structure exercera l’autorité exécutive « jusqu’à l’investiture du Président de la République élu ». Cette formulation ferme — qui implique qu’aucune autre autorité ne peut remplacer le chef du gouvernement en dehors d’un président élu — soulève déjà des interrogations politiques et constitutionnelles.

Capture d’écran du document officiel publié par la Primature le 7 février 2026 présentant les décisions adoptées par le Conseil des ministres réuni en séance spéciale sous la présidence du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. (1/2).

Capture d’écran du document officiel publié par la Primature le 7 février 2026 présentant les décisions adoptées par le Conseil des ministres réuni en séance spéciale sous la présidence du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.(2/2).
Parmi les décisions entérinées, le Conseil des ministres a adopté un arrêté nommant directement le Premier ministre à un second poste stratégique : « le citoyen Alix Didier FILS-AIMÉ est nommé Ministre de l’Économie et des Finances ad interim ». Le texte précise que cette mesure est prise « dans le but d’améliorer l’efficacité de l’action gouvernementale », en attendant la nomination d’un nouveau titulaire. Cette double casquette — Premier ministre et ministre des Finances par intérim — concentre davantage de pouvoir entre les mains d’un seul responsable, dans un contexte institutionnel déjà fragile, ce qui ne manquera pas d’alimenter les critiques sur l’équilibre des pouvoirs.
Le communiqué insiste sur la base constitutionnelle de la décision : « conformément aux dispositions de l’article 149 de la Constitution de 1987 amendée, le Conseil des Ministres, sous la présidence du Premier Ministre Alix Didier FILS-AIMÉ, exercera le Pouvoir Exécutif ». Le gouvernement affirme que son action sera « prioritairement orientée vers le rétablissement de la sécurité publique et de l’autorité de l’État », ainsi que vers « l’organisation d’élections libres, honnêtes, transparentes et démocratiques ». Toutefois, ces engagements interviennent après une longue période de promesses non tenues en matière de sécurité et de processus électoral, ce qui nourrit un scepticisme croissant dans l’opinion.
Autre décision notable : l’adoption d’arrêtés « pourvoyant les communes de Port-au-Prince, de Pétion-Ville et de Gressier de commissions municipales ». Le Conseil des ministres justifie cette mesure par la nécessité « d’assurer la continuité de l’administration locale » et de « maintenir l’autorité de l’État » jusqu’aux prochaines élections. Là encore, il s’agit de structures nommées et non élues, prolongeant la gestion administrative par désignation plutôt que par suffrage — un choix que plusieurs observateurs considèrent comme politiquement sensible.
En conclusion, le gouvernement déclare vouloir « garantir l’État de droit », « assurer le bon fonctionnement des institutions » et « restaurer la dignité nationale ». Mais la centralisation accrue des fonctions, la gouvernance par décrets et arrêtés, et la prolongation d’organes non élus risquent d’intensifier le débat sur la légitimité, la transparence et les limites réelles de cette nouvelle configuration du pouvoir exécutif.
Léandro S Léonard
Djovany Michel est PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média d’investigation spécialisé dans la lutte contre la corruption en Haïti, l’impunité, la mauvaise gouvernance et les abus de pouvoir. Journaliste anticorruption engagé, il mène des enquêtes sur les scandales financiers et les réseaux d’influence au cœur de l’État haïtien.
