Recherché par la DCPJ, Arnel Bélizaire inscrit tranquillement son parti au CEP en présence des policiers
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Malgré un avis de recherche lancé contre lui par la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ), l’ancien député de Delmas/Tabarre Arnel Bélizaire a été aperçu publiquement le jeudi 12 mars 2026 au siège du Conseil Électoral Provisoire (CEP) à Pétion-Ville. L’ancien parlementaire s’y est rendu pour procéder à l’inscription de son parti politique en vue des prochaines élections, alors même qu’il est recherché par la police judiciaire pour des accusations graves.

La DCPJ avait publié, le 5 février 2026, un avis de recherche contre Arnel Bélizaire pour financement du terrorisme, attentat et complot contre la sûreté intérieure de l’État ainsi que pour association de malfaiteurs. Plus d’un mois après la diffusion de ce document, l’ancien député apparaît pourtant en public sans être inquiété, ce qui soulève de nombreuses interrogations sur la capacité de l’appareil sécuritaire à faire appliquer ses propres décisions.
La présence de Bélizaire dans les locaux du CEP a d’autant plus surpris que des policiers se trouvaient sur place. Malgré l’avis de recherche en circulation, aucune intervention n’aurait été menée pour procéder à son arrestation. Cette situation alimente les critiques sur les contradictions qui persistent au sein des institutions de l’État, notamment entre les décisions de la police judiciaire et la réalité sur le terrain.
Interrogé par des journalistes à propos de cet avis de recherche, Arnel Bélizaire a rejeté la légitimité de cette mesure. « Je suis Arnel Bélizaire. Si la justice m’invite, j’irai, mais une personnalité comme moi ne peut en aucun cas faire l’objet d’un avis de recherche parce que je ne suis pas un voleur, voire un marron », a-t-il déclaré, contestant ainsi la décision des autorités policières.
Cependant, dans une autre déclaration antérieure qui a suscité de nombreuses réactions, il avait affirmé : « M tande n ap pale de Ti lapli, Babekyou, m ta pito vin yon Ti lapli, Babekyou olye pou m ta kite nèg vin arete m, pou betize avè m. M fè yon chwa ! ». Cette phrase, dans laquelle il affirme préférer devenir une figure de gang plutôt que d’accepter d’être arrêté ou humilié, a été largement perçue comme une provocation dans un contexte national marqué par la violence des groupes armés.
Ces propos interviennent alors que le parcours récent d’Arnel Bélizaire est déjà marqué par plusieurs controverses. En septembre 2025, il a été sanctionné par le Département d’État des États-Unis pour des actes jugés déstabilisateurs contre les institutions démocratiques haïtiennes et une corruption présumée, aux côtés de l’ancien sénateur Antonio Chéramy. Ces sanctions rendent notamment Bélizaire et les membres de sa famille largement inéligibles à l’entrée sur le territoire américain.
Son nom a également été associé à d’autres démêlés judiciaires ces dernières années. En avril 2025, il avait été interpellé à Jacmel à la suite d’une altercation avec une commerçante, avant d’être ensuite transféré à la prison civile de la ville dans le cadre d’un litige judiciaire l’opposant à une entrepreneure locale. Ces épisodes ont contribué à renforcer l’image d’un acteur politique régulièrement confronté à la justice.
Dans ce contexte, le fait qu’un individu visé par un avis de recherche puisse se présenter publiquement dans une institution officielle pour enregistrer un parti politique sans être inquiété renforce les interrogations sur l’état de droit en Haïti. Pour plusieurs observateurs, cette situation illustre une contradiction profonde entre les décisions annoncées par les institutions judiciaires et leur application réelle sur le terrain.
Au-delà de la polémique, Bélizaire affiche pourtant clairement ses ambitions politiques. Il affirme être éligible et déterminé à participer aux prochaines élections, se présentant comme un acteur engagé pour l’avenir du pays.
Cependant, pour une partie de l’opinion publique, cette séquence symbolise surtout les failles persistantes des institutions haïtiennes. Voir une personne recherchée par la police circuler librement dans un bâtiment public et tenir des propos défiants à l’égard de l’autorité judiciaire nourrit le sentiment d’impunité et renforce les critiques sur la difficulté de l’État à imposer l’autorité de la loi.
Léandro S. Léonard
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
