Haïti : 14 coordinateurs du Sud démissionnent et dénoncent les « intérêts mesquins et personnels » de Moïse Jean-Charles
3 min read
Le parti Pitit Desalin, dirigé par l’ancien sénateur Moïse Jean‑Charles, traverse une nouvelle zone de turbulences. Quatorze coordonnateurs communaux du département du Sud ont annoncé leur démission en bloc dans une correspondance datée du 11 mars 2026, adressée au secrétariat général du parti. Cette rupture intervient alors même que la formation politique s’est officiellement inscrite au Conseil électoral provisoire (CEP) pour participer au processus électoral.

Dans leur lettre remplie d’ironie, les démissionnaires, issus notamment des communes des Cayes, d’Aquin, de Port-Salut ou encore de Torbeck, dressent un réquisitoire sévère contre la direction du parti. Ils dénoncent un leadership centré sur les ambitions personnelles du secrétaire général. « Eksperyans nou avèk ou… montre nou aklè ou te yon bon lidè ki konn valè ak enpòtans militan yo… sitou lè ou bezwen satisfe tèt ou nan chache pòs nan kèlkeswa gouvènman ki anplas », écrivent-ils, accusant ouvertement le dirigeant de privilégier ses propres intérêts politiques.
Les signataires affirment également avoir perdu toute confiance dans la direction du parti après plusieurs années d’engagement. Dans un ton particulièrement acerbe, ils ironisent sur le comportement du leader politique : « Mesye Sekretè Jeneral, ou se te yon bon papa pou nou… paske ou te konn doulè nou nan ban nou tout kalite manti pou satisfe pwòp tèt ou ». Une formule qui illustre la profondeur du malaise interne et le sentiment de trahison exprimé par ces cadres locaux.
La critique devient encore plus frontale lorsque les anciens responsables évoquent ce qu’ils considèrent comme une manipulation du discours politique. « Wi, fòk nou di e rekonèt ou se yon lidè enkonparab nan blofe pèp la », lancent-ils dans leur correspondance, appelant implicitement l’opinion publique à prendre conscience de ce qu’ils décrivent comme un décalage entre les slogans révolutionnaires du parti et ses pratiques politiques.
Cette démission collective fragilise considérablement la structure départementale du parti dans le Sud. Avec 14 coordonnateurs sur 20 qui quittent leurs fonctions, la coordination régionale perd près de 70 % de ses cadres communaux, au moment même où la formation s’engage officiellement dans la course électorale après son inscription au CEP parmi les centaines d’organisations politiques enregistrées.
Cette double actualité, participation au processus électoral et implosion interne, met Pitit Desalin face à un défi majeur. D’un côté, le parti tente de se positionner dans le jeu politique national ; de l’autre, il doit gérer une contestation interne qui remet en cause la crédibilité de son leadership. Pour plusieurs observateurs, cette crise expose les contradictions d’une formation politique dont le discours radical se heurte désormais aux accusations publiques de ses propres cadres.
Léandro S Léonard
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
