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Des millions dépensés pour supplier les gangs de déposer les armes, tandis que les drones du gouvernement tuent des innocents

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À quatre mois du premier tour des élections générales prévues le 30 août 2026, le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé mise sur une stratégie qui interroge : demander aux gangs de déposer volontairement les armes, plutôt que de les neutraliser.

Dans plusieurs zones de Pétion-Ville, des panneaux financés par l’État, via le CNDDR, appellent les groupes armés à « choisir la paix ». « Put the guns down. Call 122 », « Depoze zam, lè a rive » : des slogans affichés en pleine capitale, dans un pays où les gangs contrôlent des territoires entiers, massacrent, kidnappent et violent en toute impunité.

Affiche du gouvernement suppliant les gangs à déposer les armes.

Derrière cette campagne, une question se pose : s’agit-il d’une politique de sécurité ou d’une opération de communication financée à coups de fonds publics ? Plusieurs observateurs dénoncent déjà un possible détournement indirect de ressources au profit d’acteurs du secteur privé chargés de produire et d’installer ces panneaux, dans un contexte où chaque gourde dépensée devrait prioritairement servir à restaurer l’ordre public.

Pendant ce temps, aucune stratégie coercitive d’envergure n’est mise en œuvre. L’État haïtien, censé incarner l’autorité, semble désormais adresser des appels aux groupes armés comme à des partenaires, plutôt que de les traiter comme des ennemis de la République.

Pourtant, comme le rappelle le sociologue Max Weber, l’État repose sur le monopole légitime de la violence. En d’autres termes, il ne supplie pas : il impose la loi. En renonçant à exercer cette prérogative, le pouvoir en place fragilise sa propre légitimité et envoie un signal clair : celui d’un État qui abdique face aux gangs.

Plus troublant encore, des options existent. L’utilisation de technologies comme les drones, combinée à des opérations ciblées, pourrait permettre de neutraliser des chefs de gangs avec précision et de reprendre le contrôle de zones stratégiques. Mais ces leviers restent ignorés, au profit d’initiatives symboliques sans impact mesurable sur le terrain.

Parallèlement, le gouvernement impose une hausse brutale des prix du carburant, aggravant une crise sociale déjà explosive. Résultat : une population prise en étau entre la terreur des gangs et l’asphyxie économique, pendant que l’État investit dans des messages d’appel à la bonne volonté de criminels lourdement armés.

Cette contradiction alimente un soupçon de plus en plus présent dans l’opinion : celui d’un pouvoir incapable, voire réticent, à affronter réellement les groupes armés. Entre communication politique, dépenses contestées et absence de résultats concrets, la stratégie du gouvernement apparaît moins comme une solution que comme une mise en scène de l’impuissance de l’État.

Dans un pays où l’urgence sécuritaire est absolue, demander aux gangs de déposer les armes n’est pas seulement insuffisant : c’est, pour beaucoup, le symptôme d’un État qui a renoncé à exercer son autorité.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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