Scandale de trafic d’armes à l’Église épiscopale : Michel Patrick Boisvert, Evens Souffrant et plusieurs accusés renvoyés devant le tribunal criminel
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La Cour d’appel de Port-au-Prince a rendu, ce lundi 27 avril 2026, un arrêt majeur dans le dossier explosif du trafic d’armes et de munitions lié à l’Église épiscopale d’Haïti, en ordonnant le renvoi devant le tribunal criminel de plusieurs accusés, relançant un scandale qui avait profondément ébranlé le pays.
Selon cette décision, les prêtres Frantz Cole, Jean Madoché Vil et Fritz Désiré, ainsi que le pasteur Dieune Day, devront répondre devant la justice de graves accusations liées, entre autres, à la complicité de transport et de trafic illégal d’armes à feu et de munitions, ainsi qu’à des faits de fausse monnaie et de contrebande.
Trois anciens hauts responsables publics sont également visés par cet arrêt, dont l’ex-ministre de l’Économie Michel Patrick Boisvert et l’ex-directeur du ministère des Cultes Evens Souffrant, dans une affaire qui dépasse désormais le cadre religieux pour interroger de possibles ramifications au sein de l’appareil d’État.
L’arrêt souligne toutefois une exception notable : l’actuel directeur général des Douanes, Gérald Remplais, également cité dans ce scandale, a été blanchi par la Cour d’appel dans ce dossier, une décision qui risque d’alimenter de nouvelles interrogations au regard des controverses entourant cette affaire.
Cette décision remet brutalement au premier plan l’un des plus graves scandales de sécurité de ces dernières années : la saisie, en juillet 2022, au port de La Saline, d’un conteneur destiné à l’Église épiscopale contenant un arsenal de guerre.
Les agents douaniers avaient découvert 18 armes automatiques, dont des AK-47, Galil et M-4, un fusil calibre 12, plusieurs armes de poing, près de 20 000 cartouches et 120 chargeurs, dissimulés dans des cartons de vêtements.
L’affaire avait provoqué une onde de choc nationale, d’autant que la cargaison aurait été introduite en utilisant la franchise douanière de l’Église épiscopale, un mécanisme supposé faciliter l’entrée de biens pour des activités religieuses et humanitaires, mais qui, selon l’enquête, aurait servi à contourner les contrôles.
Dès l’éclatement du scandale, plusieurs arrestations avaient eu lieu, notamment celle du père Frantz Cole, du comptable de l’institution Jean Gilles Jean Mary et de la courtière en douane Gina J.L. Rolls.
L’arrêt rendu ce 27 avril marque une nouvelle étape judiciaire majeure : le dossier ne reste plus cantonné à l’instruction, il bascule vers un procès criminel, avec en toile de fond des accusations lourdes sur un possible réseau ayant utilisé des couvertures institutionnelles pour faire entrer des armes dans un pays ravagé par la violence armée.
Ce dossier a toujours soulevé une question sensible : comment un tel arsenal a-t-il pu être importé sous couverture institutionnelle alors que le pays fait face à la prolifération des gangs lourdement armés ?
Le renvoi ordonné par la Cour d’appel ravive aussi les interrogations sur d’éventuelles protections, complicités et failles institutionnelles qui auraient facilité l’opération. Le blanchiment de Gérald Remplais, alors que plusieurs autres accusés sont renvoyés devant le tribunal criminel, ajoute une dimension supplémentaire aux débats sur la portée réelle des responsabilités retenues dans ce dossier.
Dans un contexte où l’insécurité continue d’asphyxier le pays, cette décision judiciaire apparaît comme un développement majeur dans une affaire symbole de l’imbrication entre trafics, impunité et effondrement des garde-fous institutionnels en Haïti.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
