Job Pierre prend les commandes adjointes de l’ONA, tandis que Lovely François reste sous le feu des contestations
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L’Office national d’assurance-vieillesse (ONA) a officiellement installé, ce lundi 13 juillet 2026, son nouveau directeur général adjoint, Job Pierre. La cérémonie, organisée au siège de l’institution, s’est déroulée en présence de la directrice générale Lovely François, de représentants de l’État, de partenaires institutionnels et de plusieurs membres de la presse.
Dans son intervention, Job Pierre a affiché sa volonté de contribuer à la modernisation de l’institution. Il a promis de mettre son expérience au service des réformes annoncées afin d’améliorer la gouvernance, de renforcer les performances administratives et d’offrir de meilleurs services aux cotisants, aux retraités et aux assurés.
Des objectifs ambitieux, mais qui arrivent dans un contexte particulièrement délicat.
Car au moment où Job Pierre prend ses fonctions, l’ONA fait déjà face à une série de dénonciations qui alimentent le débat public depuis plusieurs semaines. Plusieurs organisations de la société civile ont officiellement demandé l’ouverture d’enquêtes sur la gestion de l’institution et réclament la révocation de la directrice générale, Lovely François.

Dans une correspondance adressée au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ces organisations évoquent des allégations de mauvaise gestion, des contrats dont les conditions d’attribution suscitent des interrogations, des dépenses jugées excessives ainsi que des voyages à l’étranger financés avec les ressources de l’institution.
Parallèlement, l’organisation Ansanm Kont Enpinite ak Koripsyon (AKEK) a saisi, le 30 mai 2026, l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) afin de demander l’ouverture d’une enquête sur plusieurs opérations financières réalisées par l’administration actuelle.
L’un des dossiers les plus commentés concerne une activité organisée à l’occasion de la Fête des Mères, le 29 mai dernier, au Club Flume, à Delmas 75. Selon la plainte déposée auprès de l’ULCC, plus de 14 millions de gourdes auraient été engagées pour cet événement. Les plaignants affirment qu’aucune explication détaillée sur l’utilisation de cette somme n’a été rendue publique jusqu’à présent.
À cela s’ajoute une procédure judiciaire en cours. Le Tribunal de première instance a adressé une correspondance officielle à la direction de l’ONA afin d’obtenir la comparution de plusieurs employés dans le cadre d’une enquête. Des convocations devant un cabinet d’instruction ont également été émises.
C’est dans ce climat que Job Pierre affirme vouloir accompagner une politique fondée sur la transparence et la bonne gouvernance. Mais une question se pose déjà : comment convaincre les cotisants que l’ONA entre dans une nouvelle ère lorsque les principales controverses qui entourent l’institution restent sans réponse publique ?
Une autre interrogation revient avec insistance : la priorité est-elle de multiplier les discours sur la modernisation ou d’apporter d’abord des explications claires sur les dossiers qui préoccupent les assurés ?
Des milliers de travailleurs qui versent chaque mois leurs cotisations attendent avant tout des garanties sur la protection de leurs économies. Ils veulent savoir comment sont gérés les fonds destinés à financer leurs futures pensions. Ils souhaitent également que toute utilisation des ressources de l’institution soit documentée, justifiée et conforme aux règles de gestion publique.
Pour plusieurs observateurs, la confiance ne se décrète pas lors d’une cérémonie officielle. Elle se construit par des actes, par la publication d’informations financières vérifiables et par la capacité des institutions de contrôle à mener leurs enquêtes jusqu’à leur terme.
L’arrivée d’un nouveau directeur général adjoint ouvre sans doute une nouvelle étape pour l’ONA. Mais cette nomination s’accompagne d’une attente tout aussi forte : celle de voir les différentes allégations faire l’objet d’un examen indépendant et transparent. Tant que ces questions demeureront sans réponses définitives, elles continueront de peser sur l’image d’une institution dont la mission est pourtant de protéger l’avenir des travailleurs haïtiens.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
