Carrefour : les gangs instaurent une taxe foncière pouvant dépasser 25 000 gourdes, le silence d’Alix Didier Fils-Aimé suscite la colère
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23 juillet 2026
En Haïti, l’État semble reculer là où les gangs avancent. Après avoir imposé leur loi par les armes, contrôlé des axes routiers et chassé des milliers de familles de leurs maisons, des groupes criminels franchissent aujourd’hui une nouvelle étape : ils seraient désormais en train d’imposer une véritable « taxe foncière » aux habitants de Carrefour.
L’information, qui circule abondamment depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux et dans plusieurs médias, est confirmée par des habitants de la commune. Selon leurs témoignages, des hommes armés auraient parcouru plusieurs quartiers de Carrefour, le mardi 21 juillet 2026, pour exiger une contribution annuelle auprès des propriétaires de maisons.
Le montant ne serait pas fixe. Il varierait en fonction de la taille de l’habitation. Certaines familles affirment devoir payer 15 000 gourdes, d’autres 20 000 gourdes, tandis que les propriétaires de maisons plus grandes ou jugées plus aisées seraient contraints de verser jusqu’à plus de 25 000 gourdes.
Le refus de payer ne serait pas une option. Les habitants racontent que les propriétaires récalcitrants sont menacés de perdre leur maison ou de subir des représailles. Dans une commune déjà meurtrie par les affrontements armés, les enlèvements et les déplacements forcés, cette nouvelle forme d’extorsion plonge davantage la population dans la peur.
Ce qui inquiète le plus n’est pas uniquement l’argent exigé. C’est l’impression que les gangs exercent désormais des fonctions qui relèvent normalement de l’État. Ils fixeraient leurs propres contributions, imposeraient leurs règles et décideraient qui peut conserver sa propriété ou non.
Dans un État de droit, la perception des taxes relève exclusivement des institutions légalement établies, jamais de groupes armés.
Cette situation soulève de nombreuses interrogations.
Comment des hommes lourdement armés peuvent-ils parcourir des quartiers entiers pour imposer des taxes sans être interceptés ?
Comment expliquer qu’un système d’extorsion aussi organisé puisse s’installer sous les yeux des autorités ?
À quoi servent les forces de sécurité si des citoyens doivent désormais payer des criminels pour conserver leur propre maison ?
Les habitants de Carrefour doivent-ils payer leurs impôts à l’État et, en parallèle, verser un second impôt aux gangs pour avoir le droit de vivre chez eux ?
Jusqu’où ira cette substitution de l’autorité publique par des groupes criminels ?
Ces questions interpellent directement le directeur général de la Police nationale d’Haïti, André Jonas Vladimir Paraison.
Monsieur le Directeur général, la population attend des résultats, pas des discours. Chaque jour qui passe sans réponse renforce le sentiment que des territoires entiers échappent au contrôle de l’État. Lorsqu’un gang est capable de fixer le montant d’une taxe, de menacer des propriétaires et d’organiser la collecte de sommes importantes, il ne s’agit plus seulement d’un problème de criminalité. C’est un défi lancé à l’autorité de la République.
Les habitants de Carrefour vivent depuis des mois sous la menace permanente des armes. Beaucoup ont perdu des proches, abandonné leur maison ou vu leurs activités économiques s’effondrer. Aujourd’hui, ceux qui sont restés affirment qu’ils doivent payer pour continuer à habiter chez eux. Cette réalité est insoutenable.
Face à la gravité de ces informations, la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), l’Inspection générale de la Police nationale d’Haïti (IGPNH), le Parquet de Port-au-Prince ainsi que les autorités gouvernementales compétentes devraient diligenter une enquête urgente afin de vérifier ces dénonciations, identifier les groupes impliqués et mettre fin à ce système d’extorsion.
Les habitants de Carrefour ne demandent pas un privilège. Ils réclament ce que tout citoyen est en droit d’attendre de son pays : pouvoir vivre dans sa maison sans avoir à payer un tribut à des hommes armés. Lorsqu’une population commence à verser des taxes à des gangs par peur de perdre son toit, c’est toute l’autorité de l’État qui se retrouve remise en question.
Par Sanon Marc-Antoine
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
