Haïti–Élections : le RHAJAC dénonce le détournement de données à l’ONI et met en doute la crédibilité d’Alix Didier Fils-Aimé
4 min read
Le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC) tire la sonnette d’alarme sur l’intégrité du processus électoral. Dans une note de presse publiée le 1er septembre 2026, l’organisation affirme que des données personnelles de fonctionnaires auraient été collectées par l’Office national d’identification (ONI), puis mises à la disposition de regroupements politiques. Le RHAJAC réclame une enquête indépendante, un audit de l’ONI et une vérification des listes d’adhérents exigées par le Conseil électoral provisoire (CEP).
Pour le RHAJAC, la situation sécuritaire et la corruption ne constituent plus les seules menaces pesant sur le processus électoral. L’organisation évoque désormais le risque de « vol d’identité » et affirme avoir recueilli des informations auprès de sources présentées comme étant proches de l’ONI. Selon ces informations, des données personnelles de fonctionnaires auraient été recueillies dans le cadre d’un prétendu « recensement administratif ». Le RHAJAC affirme que certains agents publics disposant encore d’une carte d’identification valide auraient découvert qu’une nouvelle carte avait été produite avec le même NIU et la même photographie, mais avec une nouvelle date d’expiration.
La note va plus loin et met directement en cause la gestion de ces données. « Après la collecte des données personnelles des fonctionnaires, le directeur général de l’ONI, Reynold Guerrier, les aurait mises à la disposition de regroupements politiques proches du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, dont “Viktwa” et “Rekonsilye”, entre autres », écrit le RHAJAC. L’organisation affirme également que certaines données auraient été vendues à d’autres regroupements politiques. Ces accusations, qui sont particulièrement graves, sont présentées par le RHAJAC sur la base d’informations recueillies auprès de sources et nécessiteraient donc des vérifications indépendantes.
L’organisation fait également le lien entre ces allégations et l’exigence du CEP imposant aux partis et regroupements politiques de réunir 30 000 adhérents. Selon le RHAJAC, cette condition pourrait favoriser des pratiques frauduleuses si les mécanismes de contrôle ne sont pas suffisamment solides. « Une telle exigence ouvre la voie aux magouilles, aux adhérents fictifs, à l’achat de données personnelles et au partage de listes entre structures politiques », soutient le réseau. Il s’interroge ainsi sur la capacité de certaines organisations politiques à réunir réellement les 30 000 membres exigés.
Le RHAJAC demande au CEP de se pencher particulièrement sur les listes présentées par plusieurs structures politiques. Dans sa note, il réclame des vérifications concernant notamment des structures liées à Mathias Pierre, à l’ancien président Jocelerme Privert, ainsi qu’aux plateformes « Viktwa » et « Rekonsilye ». L’organisation estime que le CEP doit être en mesure de vérifier non seulement le nombre annoncé d’adhérents, mais également leur identité et leur consentement réel à figurer sur les listes présentées.
« Si le CEP ne procède pas à une vérification rigoureuse de chaque liste et de l’identité réelle des 30 000 adhérents, le processus électoral risque de déboucher sur un véritable “brigandage démocratique” plutôt que sur des élections crédibles », avertit le RHAJAC. Pour le réseau, la question dépasse donc le simple respect d’une condition administrative : elle touche directement à la fiabilité du processus électoral et à la protection des données personnelles des citoyens.
Dans ce contexte, le RHAJAC estime que le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ne dispose pas de la crédibilité nécessaire pour organiser des élections libres, transparentes et crédibles. L’organisation lie cette position à la persistance de l’insécurité, à la corruption qu’elle qualifie de généralisée et aux nouvelles inquiétudes entourant l’utilisation présumée de données personnelles. « Sans sécurité, sans confiance et sans garantie sur l’intégrité de l’identité des citoyens, il ne peut y avoir d’élections crédibles en Haïti », conclut la note signée par Djovany Michel, secrétaire général du RHAJAC.
Le réseau formule finalement trois principales demandes : une enquête indépendante, un audit immédiat de l’ONI et une vérification rigoureuse des listes d’adhérents soumises par les partis et regroupements politiques. La note de presse ne fournit toutefois pas, à elle seule, les éléments permettant d’établir de manière indépendante les accusations portées contre l’ONI, son directeur général ou les regroupements politiques cités. Leur vérification par les autorités compétentes apparaît donc comme l’une des principales conditions pour déterminer si les inquiétudes soulevées relèvent d’un risque potentiel ou de pratiques effectivement établies.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
