Haïti/Gouvernance : quand la CEH dénonce le manque de leadership des autorités
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À moins de trois mois des élections annoncées pour le 13 décembre, les interrogations se multiplient quant à la capacité, voire à la volonté, des autorités de respecter cette échéance. Au fil des jours, les conditions nécessaires à la tenue du scrutin annoncé semblent encore loin d’être réunies.
Dans un message publié à l’issue de son assemblée plénière, tenue du 21 au 24 septembre 2026, la Conférence épiscopale d’Haïti (CEH) dénonce le manque de leadership des dirigeants et tire la sonnette d’alarme sur la situation du pays.
Les évêques se disent particulièrement préoccupés par ce qu’ils décrivent comme une grande confusion, un manque de leadership et l’absence d’une vision à long terme. Ils s’interrogent notamment sur la capacité des institutions publiques à rétablir la sécurité et à protéger la population, confrontée à une situation marquée par la violence et une profonde incertitude quant à l’avenir du pays.
La CEH dénonce également l’expansion des groupes armés dans plusieurs quartiers, la recrudescence des enlèvements ainsi que les conséquences de l’insécurité sur les familles, les écoles et les universités.
Les évêques s’interrogent par ailleurs sur la possibilité d’organiser, en décembre, un scrutin véritablement inclusif, impartial et transparent. Ils soulèvent notamment la question des garanties dont disposeront les citoyens pour exercer leur droit de vote sans mettre leur vie en danger.
Pour la CEH, l’organisation d’élections ne peut se réduire à la simple tenue matérielle du scrutin. La sécurité de la population, la neutralité des institutions de l’État et l’existence d’un consensus constituent, selon elle, des conditions essentielles pour que le processus électoral puisse contribuer à la stabilité du pays.
La Conférence épiscopale identifie ainsi plusieurs priorités : protéger la population, répondre à l’urgence humanitaire, restaurer l’autorité de l’État et créer les conditions nécessaires à la tenue d’élections crédibles.
Elle appelle les autorités, les acteurs politiques, la société civile, le secteur économique et les partenaires internationaux à unir leurs efforts face à la crise sécuritaire, politique et sociale qui frappe le pays.
Une transition qui s’éternise et une confiance qui s’effrite
Le constat de la CEH intervient alors que les autorités de la transition sont confrontées à une crise de confiance persistante. Depuis deux ans, leurs décisions et leurs affrontements institutionnels ont alimenté les critiques et renforcé les interrogations sur leur capacité à conduire le pays vers des élections crédibles.
La bataille engagée sur la place publique autour de la loi électorale en constitue une illustration. À cela s’ajoutent des controverses entourant certaines nominations et installations à la tête d’institutions dont l’indépendance est censée être garantie. De tels épisodes ont contribué à alimenter les critiques contre la gouvernance de la transition et à fragiliser davantage la confiance dans les institutions.
Le Conseil électoral provisoire (CEP) n’échappe pas non plus aux critiques. En deux ans, l’institution a connu plusieurs changements concernant son calendrier électoral, son cadre réglementaire et sa présidence, sans parvenir à dissiper les doutes entourant sa capacité à organiser les prochaines élections.
À l’approche de l’échéance annoncée du 13 décembre, la question n’est donc plus seulement de savoir si des élections seront organisées. Elle porte aussi sur les conditions dans lesquelles elles pourront se tenir : sécurité des électeurs, indépendance des institutions, transparence du processus et confiance de la population.
Le message de la CEH remet ainsi au centre du débat les conditions nécessaires à la tenue des élections. L’annonce d’une date électorale ne garantit pas, à elle seule, que ces conditions seront réunies.
Encore faut-il être en mesure de garantir à la population qu’elle pourra participer au processus dans des conditions acceptables de sécurité, de liberté et de confiance.
Satellite509
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
