Assassinat de Jovenel Moïse : le procès de Sanon s’ouvre, Michel Soukar, Claude Joseph et Ariel Henry cités comme témoins potentiels
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Le procès fédéral de Christian Emmanuel Sanon s’est ouvert le lundi 28 septembre 2026 à Miami, aux États-Unis, dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de l’ancien président haïtien Jovenel Moïse, tué le 7 juillet 2021 dans sa résidence privée de Pèlerin 5. Pour sa défense, Sanon pourrait faire appel à plusieurs personnalités haïtiennes, dont l’historien et analyste politique Michel Soukar ainsi que les anciens Premiers ministres Claude Joseph et Ariel Henry.
Ses avocats ont communiqué une liste de témoins potentiels appelés à fournir des informations sur le contexte politique qui prévalait en Haïti au moment du crime. Claude Joseph dirigeait alors le gouvernement, tandis qu’Ariel Henry avait été nommé Premier ministre avant la mort du chef de l’État.
La présence de Michel Soukar sur cette liste ne signifie toutefois pas qu’il est mis en cause dans l’assassinat de Jovenel Moïse. L’historien et analyste politique est cité comme témoin potentiel par la défense de Sanon, notamment pour apporter un éclairage sur la situation politique en Haïti à cette période. À ce stade, aucune accusation n’est portée contre lui dans le cadre de ce procès.
Ces éventuels témoignages interviennent alors que la défense tente de contester la version des procureurs américains. Selon l’accusation, Sanon aurait participé à un projet visant initialement à renverser Jovenel Moïse, avant que celui-ci n’aboutisse à l’opération ayant entraîné sa mort. Ses avocats soutiennent, au contraire, qu’il n’a pas pris part à un complot visant à tuer le président et qu’il était absent lors de l’opération meurtrière.
Le gouvernement américain dispose, pour sa part, d’une liste de 58 témoins. Elle comprend notamment des personnes ayant collaboré avec la justice après leur condamnation, des analystes du FBI, des experts médico-légaux ainsi que Martine Moïse, veuve de l’ancien président, qui avait déjà témoigné lors du précédent procès consacré à cette affaire.
L’ancien sénateur haïtien John Joël Joseph doit également être entendu. Il a plaidé coupable dans le cadre de la procédure américaine et espère obtenir une réduction de peine. Son nom apparaît depuis plusieurs années dans les dossiers relatifs au projet de prise de pouvoir ayant précédé le meurtre du chef de l’État.
Lors de son précédent témoignage, John Joël Joseph avait évoqué des discussions portant sur l’organisation de manifestations et la possibilité de mobiliser des personnes afin de prendre le contrôle du Palais national. Il avait également expliqué que le groupe s’éloignait progressivement de Sanon pour se rapprocher d’un juge. Selon les éléments rapportés au cours de cette procédure, Sanon n’était pas présent dans la maison située au sommet de la montagne au moment des faits.
Les procureurs ont également mentionné Bryon Rainer, présenté comme une personne impliquée dans l’affaire et faisant l’objet de poursuites liées au financement.
Sanon est par ailleurs accusé dans un dossier concernant l’expédition de gilets pare-balles vers Haïti le 10 juin 2021, quelques semaines avant le meurtre du président. Les autorités américaines ont établi un lien entre cette opération et Frederick Bergmann Jr., un homme d’affaires de Tampa présenté comme un proche de Sanon. Bergmann a plaidé coupable et a été condamné à neuf ans de prison.
Le dossier de Sanon a été disjoint de celui de quatre autres accusés reconnus coupables en mai 2026. Il se retrouve donc seul face au jury lors de ce nouveau procès fédéral.
Parallèlement, l’affaire continue de susciter des tensions judiciaires entre Haïti et les États-Unis. Joseph Félix Badio, considéré comme l’une des figures clés de l’enquête, a récemment été transféré aux États-Unis en compagnie de 17 ressortissants colombiens.
Le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) d’Haïti a contesté cette décision, estimant que Badio et les Colombiens concernés demeurent liés à la procédure ouverte dans le pays. Selon l’institution, leur transfert aurait dû recevoir l’autorisation du juge d’instruction chargé du dossier.
Alors que les audiences se poursuivent à Miami, les éventuels témoignages de Michel Soukar, Claude Joseph et Ariel Henry pourraient remettre au centre des débats le contexte politique qui prévalait en Haïti dans les mois précédant le 7 juillet 2021. Les jurés devront examiner les éléments de l’accusation et de la défense avant de se prononcer sur les charges retenues contre Christian Emmanuel Sanon.
Par Sanon Marc-Antoine
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
