Dossier Jovenel Moïse : Martine Moïse met en cause l’ancien sénateur Antonio Chéramy alias « Don Kato »devant le tribunal de Miami
4 min read
Le nom de l’ancien sénateur Antonio Chéramy, connu sous le nom de Don Kato, a été mentionné ce mercredi 30 septembre 2026 devant le tribunal fédéral de Miami, lors du témoignage de Martine Moïse au procès de Christian Emmanuel Sanon, poursuivi aux États-Unis dans l’affaire de l’assassinat de l’ancien président haïtien Jovenel Moïse.
Martine Moïse est revenue sur le climat politique particulièrement tendu qui régnait en Haïti avant l’assassinat de son mari, le 7 juillet 2021. Elle a notamment évoqué les prises de position de Don Kato, alors sénateur et opposant à Jovenel Moïse, ainsi que les déclarations publiques ayant marqué cette période de vives tensions politiques.
L’ancienne Première dame a notamment rappelé une déclaration attribuée à Antonio Chéramy, datant du 18 novembre 2020, dans laquelle l’ancien sénateur affirmait que ce serait le dernier 18 novembre de Jovenel Moïse en tant que président. Cinq ans plus tard, cette déclaration a été présentée aux jurés alors que la justice américaine cherche à établir les différents éléments entourant le projet ayant précédé l’assassinat du président.

Martine Moïse a également évoqué une photo montrant Antonio Chéramy aux côtés de Christian Emmanuel Sanon, l’homme actuellement jugé à Miami dans le cadre de cette affaire. Cette image a été mentionnée lorsque la défense et l’accusation ont exposé au jury les relations et les contacts entre diverses personnalités avant le 7 juillet 2021.
Christian Emmanuel Sanon est accusé par les procureurs américains d’avoir participé à un projet visant initialement à renverser Jovenel Moïse. Selon l’accusation, ce projet aurait ensuite évolué pour aboutir à l’opération ayant conduit à l’assassinat du président dans sa résidence de Pèlerin 5, à Pétion-Ville.Les éléments présentés devant le tribunal doivent permettre d’établir la responsabilité individuelle de chacun.
Lors de son témoignage, Martine Moïse a également relaté les événements dramatiques de la nuit du 7 juillet 2021, lorsque des hommes armés ont fait irruption dans la résidence présidentielle de Pèlerin 5.
Elle a expliqué que les tirs avaient commencé vers une heure du matin. Selon son récit, Jovenel Moïse lui aurait dit : « Chérie, nous sommes morts. » Elle raconte ensuite avoir été contrainte de s’agenouiller avant de rejoindre ses enfants et de les mettre à l’abri dans une salle de bain dépourvue de fenêtres.
Martine Moïse a aussi expliqué avoir été blessée au bras durant l’attaque. Jovenel Moïse, quant à lui, a été tué dans la chambre du couple. Elle a indiqué avoir entendu les assaillants parler espagnol et utiliser des noms de code alors qu’ils fouillaient la résidence.
Un autre point soulevé lors de son témoignage concerne le dispositif de sécurité de la famille présidentielle. Martine Moïse a affirmé ne pas avoir vu les agents chargés de leur protection intervenir pour leur porter secours pendant l’attaque, alors qu’un dispositif de sécurité important était normalement affecté à la résidence présidentielle.
Christian Emmanuel Sanon comparaît actuellement seul dans ce procès fédéral. Son dossier a été disjoint de celui de quatre autres accusés reconnus coupables en mai 2026.
La défense a contesté la version de l’accusation, soutenant notamment que Sanon n’avait pas participé à un projet visant à tuer Jovenel Moïse et qu’il n’était pas présent au moment de l’opération meurtrière.
Les débats doivent donc permettre aux jurés d’examiner les contacts entre les différents protagonistes, les déclarations faites avant l’assassinat, les déplacements, le financement ainsi que les autres éléments présentés par l’accusation et la défense.
L’affaire reste marquée par une question centrale : qui a conçu le projet, qui l’a financé, qui l’a exécuté et comment un plan politique visant à un changement de pouvoir en Haïti a-t-il fini par conduire à l’assassinat de Jovenel Moïse le 7 juillet 2021 ?
Le témoignage de Martine Moïse , notamment ses déclarations concernant Antonio Chéramy et la photographie avec Christian Emmanuel Sanon ,apporte ainsi de nouveaux éléments aux débats qui se déroulent actuellement devant le tribunal fédéral de Miami.
Par Sanon Marc-Antoine
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
