Des chefs de culte vodou prêtent serment devant le tribunal de première instance de Port-au-Prince
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Une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, parvenue à notre rédaction ce samedi 3 octobre 2026, montre une cérémonie peu ordinaire au tribunal de première instance de Port-au-Prince. Plusieurs chefs de culte vodou y prêtent serment devant le doyen du tribunal, Me Bernard Saint-Vil.
La cérémonie s’est tenue mercredi 30 septembre en présence de l’Ati national, Augustin Saint-Clou, et du directeur général du ministère des Cultes, Me Joël Turenne. Une douzaine de responsables religieux ont pris part à cette prestation de serment, présentée comme une étape importante dans leur reconnaissance institutionnelle.
Tour à tour, les chefs de culte ont prononcé leur serment. Ils se sont engagés à respecter la Constitution haïtienne, à contribuer au bien commun et à défendre les intérêts de la nation.
Selon les explications données par le doyen Bernard Saint-Vil, cette cérémonie a été organisée après l’accomplissement de plusieurs formalités administratives. Les responsables concernés disposaient notamment d’un mémorandum du ministère des Cultes, accompagné d’une correspondance du ministère de la Justice et de la Sécurité publique adressée au commissaire du gouvernement. Celui-ci avait ensuite saisi le doyen du tribunal pour recevoir leur prestation de serment.
Le lien conduisant à la vidéo concernant la cérémonie de serment des chefs de culte vodou, le 30 septembre 2026.
Dans son intervention, Me Saint-Vil a rappelé les dispositions constitutionnelles relatives à la liberté de conscience et de culte. La Constitution haïtienne reconnaît en effet la liberté de toutes les religions et de tous les cultes, sous réserve du respect de l’ordre et de la paix publics.
Le doyen a également fait référence à l’arrêté du 4 avril 2003, qui prévoit, selon lui, des formalités particulières pour les chefs de culte vodou, les responsables de temples et d’autres lieux sacrés. À l’issue de ces démarches, les chefs de culte concernés peuvent notamment être habilités à célébrer des baptêmes ainsi que des cérémonies religieuses de mariage et de funérailles, conformément aux dispositions en vigueur.
Le directeur général du ministère des Cultes, Me Joël Turenne, a toutefois apporté une précision importante. Pour lui, la prestation de serment des chefs de culte vodou n’est pas une nouveauté en soi. Ces responsables avaient déjà l’habitude de prêter serment dans le cadre de leurs fonctions. Ce qui change aujourd’hui, explique-t-il, c’est le fait que la cérémonie se déroule devant un tribunal.
Selon Me Turenne, le ministère des Cultes travaille depuis environ deux ans à l’élaboration d’une formule commune de prestation de serment destinée aux différents responsables religieux. Il affirme que cette démarche vise notamment à mieux encadrer les responsabilités des chefs de culte.
Présent lors de la cérémonie, l’Ati national du vodou haïtien, Sa Majesté Augustin Saint-Clou, a salué cette initiative. Il estime qu’elle constitue une étape importante pour le vodou en Haïti et peut contribuer à renforcer sa reconnaissance au sein des institutions.
« Les chefs de culte doivent agir en toute impartialité, conformément à la loi », a-t-il déclaré, tout en remerciant le doyen du tribunal d’avoir accepté de recevoir leur prestation de serment.
Cette cérémonie intervient dans un contexte où la question de la reconnaissance institutionnelle du vodou continue d’occuper une place importante dans le débat sur les religions et la culture en Haïti. Pour les responsables présents, le passage des chefs de culte devant la justice représente ainsi davantage qu’une simple formalité : il marque une nouvelle étape dans leurs rapports avec les institutions de l’État.
La vidéo de la cérémonie, largement relayée sur les réseaux sociaux, a ainsi attiré l’attention sur une démarche qui était jusque-là peu connue du grand public.
Léandro S LÉONARD
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
