Digicel en panne, les Haïtiens trinquent : Jean-Philippe Brun et le CONATEL doivent des comptes aux consommateurs
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Les abonnés de Digicel sont las de payer pour un service qui les laisse tomber au moment où ils en ont le plus besoin. Depuis plusieurs jours, les clients subissent des interruptions répétées du réseau et d’Internet. Mais la panne du samedi 3 octobre 2026 a marqué un nouveau tournant : cette fois, le réseau n’a pas simplement joué au yoyo, il a totalement disparu. Il a fallu attendre ce lundi 5 octobre pour voir les premiers signes de son rétablissement.
La différence est de taille : avant le samedi 3 octobre, les abonnés avaient déjà connu des pannes à répétition, avec un réseau qui disparaissait et revenait par intermittence. Samedi, la situation était différente : le service a disparu, laissant de nombreux utilisateurs sans connexion. Deux jours plus tard, ce lundi 5 octobre, le réseau a commencé à réapparaître, après avoir plongé les clients dans une nouvelle période de perturbations.
Pour les Haïtiens qui dépendent d’Internet pour travailler, étudier, communiquer avec leurs proches, gérer leurs affaires ou recevoir des paiements, cette situation est une véritable épreuve. Les activités sont paralysées, les rendez-vous manqués, les démarches bloquées et les clients perdent des occasions de gagner leur vie. Dans un pays où chaque centime compte, perdre l’accès à Internet alors que l’on a déjà payé son abonnement n’est pas un simple désagrément : c’est de l’argent perdu et du temps volé.

Et alors que les consommateurs cherchent désespérément une connexion, une question demeure : qu’advient-il des forfaits achetés avant la panne ? Le décompte des jours se poursuit-il pour les forfaits déjà payés, même lorsque le service disparaît totalement ? Pourquoi les clients devraient-ils subir les conséquences des défaillances d’un réseau pour lequel ils ont payé ?
L’entreprise a expliqué que la panne survenue le samedi 3 octobre était due à des problèmes affectant deux câbles de fibre optique internationaux installés le long de la route nationale n° 1. Des techniciens auraient été mobilisés pour intervenir. Toutefois, cette explication ne permet ni d’indemniser les clients, ni de réparer les pertes subies, ni de restituer aux abonnés les heures durant lesquelles ils ont été privés de connexion.
Le problème ne datait pas du samedi 3 octobre. Les interruptions constatées précédemment, notamment aux alentours du 24 septembre 2026, avaient déjà suscité la colère des utilisateurs. Entre coupures, rétablissements temporaires et nouvelles pannes, la confiance des abonnés s’érode. Les consommateurs ne demandent pas la lune : ils veulent un réseau opérationnel, un service stable et un traitement équitable lorsqu’une panne les prive de la prestation pour laquelle ils ont payé.
Le silence du CONATEL soulève également des interrogations. Cet organisme est-il uniquement là pour superviser le secteur des télécommunications, ou doit-il aussi défendre les consommateurs face aux défaillances répétées des opérateurs ? Où sont les mesures concrètes pour contraindre les entreprises à respecter leurs engagements ? Pourquoi les abonnés doivent-ils constamment réclamer des explications sans voir apparaître un mécanisme d’indemnisation clair lorsque le service n’est pas assuré ?
Les clients ne devraient pas avoir à mendier réparation. Lorsqu’un service payant n’est pas disponible, la question d’un remboursement ou d’une prolongation équivalente du forfait doit être sérieusement examinée. Une entreprise ne peut exiger le paiement intégral de ses services tout en laissant ses abonnés supporter seuls les conséquences des interruptions.
Jean-Philippe Brun et Digicel doivent donc répondre clairement aux consommateurs : depuis combien de temps les abonnés sont-ils privés de service ? Quelles compensations spécifiques seront accordées ? Combien de clients seront concernés et selon quelle procédure ? Et surtout, quelles garanties existent pour éviter que de telles scènes ne se reproduisent dans quelques jours ?
Le CONATEL, de son côté, doit sortir de son silence et démontrer qu’il exerce réellement sa mission de régulation. Les consommateurs haïtiens ne sont pas des distributeurs automatiques de revenus, condamnés à payer sans pouvoir exiger un service à la hauteur de ce qu’ils déboursent.
La colère des abonnés est légitime. Lorsque le réseau disparaît totalement le samedi 3 octobre pour ne commencer à réapparaître que le lundi 5 octobre 2026 , après d’autres interruptions les jours précédents , il ne suffit pas d’invoquer des problèmes techniques pour passer à autre chose. Les clients ont besoin de réponses, de mesures concrètes et de réparations.
Digicel doit comprendre une chose : les Haïtiens paient pour un service, non pour des promesses. Et le CONATEL doit enfin prouver qu’il n’est pas un simple spectateur alors que les consommateurs font les frais de la situation.
Par Sanon Marc-Antoine
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
