Jovenel Moïse : Bogota défend ses ressortissants, deux ans après les excuses de Gustavo Petro à Haïti
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Le gouvernement colombien adopte désormais une position plus offensive dans le dossier de l’assassinat de Jovenel Moïse. Le président Abelardo de la Espriella a annoncé, mardi 6 octobre 2026, la mise à disposition d’une assistance juridique et financière au profit des 17 anciens militaires colombiens poursuivis aux États-Unis pour leur implication présumée dans le meurtre de l’ancien président haïtien.
Le chef de l’État colombien a demandé aux ministres de la Défense et de la Justice d’accompagner les accusés et leurs familles tout au long de la procédure. Dans une déclaration publiée sur X, il a également appelé à déterminer avec précision la responsabilité individuelle de chaque prévenu, tout en affirmant que les anciens militaires ne devaient pas être abandonnés.
Cette intervention intervient quelques semaines après le transfert des 17 Colombiens d’Haïti vers les États-Unis. Détenus en Haïti depuis juillet 2021, ils doivent désormais répondre aux accusations de la justice américaine dans le cadre d’une procédure fédérale liée à l’assassinat de Jovenel Moïse.

Le dossier prend une dimension particulière au regard de l’évolution du discours des autorités colombiennes. En janvier 2025, l’ancien président Gustavo Petro s’était rendu à Jacmel et avait présenté des excuses publiques au peuple haïtien pour l’implication de ressortissants colombiens dans l’assassinat du président haïtien.
Lors de cette visite, Petro avait demandé pardon au nom de la Colombie et exprimé son rejet de la violence ayant conduit à la mort de Jovenel Moïse. Cette démarche avait alors été présentée comme un geste de reconnaissance envers Haïti et comme une prise de distance avec les Colombiens impliqués dans le crime.
La position affichée aujourd’hui par Abelardo de la Espriella est sensiblement différente. Le président colombien insiste désormais sur la présomption d’innocence des 17 détenus et entend leur garantir les moyens nécessaires pour assurer leur défense devant la justice américaine.
Avant cette prise de position présidentielle, la chancellerie colombienne avait adopté une attitude plus prudente. Au moment du transfert des détenus vers les États-Unis, elle avait indiqué qu’elle continuerait à leur fournir une assistance consulaire et à veiller au respect de leurs droits, de leur intégrité physique et de leurs garanties judiciaires. Elle avait parallèlement rappelé que la détermination des responsabilités relevait des tribunaux américains.
Les anciens militaires colombiens affirment depuis plusieurs années avoir été recrutés pour des missions de sécurité et contestent avoir participé à un projet visant directement à assassiner Jovenel Moïse. Certains soutiennent avoir ignoré la véritable nature de l’opération pour laquelle ils avaient été engagés. Ces déclarations devront être confrontées aux éléments de preuve présentés dans le cadre du procès.
L’affaire connaît parallèlement une nouvelle accélération judiciaire aux États-Unis. Christian Emmanuel Sanon, homme d’affaires et pasteur haïtiano-américain accusé d’avoir participé à la préparation du complot, comparaît depuis le 28 septembre 2026 devant un tribunal fédéral de Miami. Il plaide non coupable.
Plusieurs autres personnes ont déjà été condamnées ou ont reconnu leur culpabilité dans les différentes procédures ouvertes aux États-Unis. Les autorités américaines poursuivent ainsi leur travail pour déterminer les différents niveaux de responsabilité dans l’assassinat du 7 juillet 2021.
Cinq ans après le meurtre de Jovenel Moïse, le dossier reste néanmoins loin d’être définitivement éclairci. Le transfert des anciens militaires colombiens vers les États-Unis a déplacé une partie importante de la procédure judiciaire vers la Floride, alors que le processus en Haïti demeure confronté à de nombreuses difficultés.
Le contraste entre les deux présidences colombiennes demeure particulièrement frappant. En 2025, Gustavo Petro était venu en Haïti pour demander pardon après l’implication de Colombiens dans l’assassinat de Jovenel Moïse. En 2026, Abelardo de la Espriella affirme, lui, vouloir s’assurer que les anciens militaires colombiens bénéficient d’une défense adéquate et que leur responsabilité individuelle soit établie par la justice.
Au-delà de cette évolution diplomatique, l’enjeu central reste judiciaire : déterminer ce qui s’est réellement passé dans la nuit du 7 juillet 2021 et établir, sur la base des preuves, le rôle précis joué par chacun des protagonistes dans l’assassinat du président haïtien.
Junior PIERRE
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
