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Attaque meurtrière de Kenscoff : l’ONU révèle les liens présumés d’Alfredo Antoine avec les gangs, déjà dénoncés par le RHAJAC

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Bien avant que le Groupe d’experts des Nations unies ne présente Alfredo Junior Antoine comme l’un des principaux commanditaires présumés de l’attaque de Kenscoff du 27 janvier 2025, le dossier de l’ancien député faisait déjà l’objet d’alertes et de dénonciations dans le milieu de l’investigation anticorruption en Haïti. En effet, dès le 12 février 2025, le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC) avait publiquement mis en cause Alfredo Antoine dans une affaire liée à l’acquisition frauduleuse d’un terrain, évaluée à plus de 86 millions de gourdes. Quelques jours plus tard, le 18 février, des dénonciations relayées par Satellite509, dirigé par Djovany Michel, actuel secrétaire général du RHAJAC, précédaient l’émission par la DCPJ d’un avis de recherche contre Alfredo Antoine et Nenel Cassy pour leurs liens présumés avec des groupes armés.

Cette séquence avait déjà placé le nom d’Alfredo Antoine au cœur des interrogations sur les rapports entre responsables politiques et groupes criminels. Le 18 février 2025, la DCPJ avait effectivement émis un avis de recherche contre l’ancien député de Kenscoff. Les accusations portaient notamment sur un complot contre la sûreté intérieure de l’État, le financement d’organisations criminelles, l’association de malfaiteurs et la complicité d’assassinat. Le RHAJAC reviendra ensuite sur cette procédure dans son rapport couvrant la période de janvier 2025 à juillet 2026, en dénonçant surtout l’absence de suites judiciaires après l’arrestation de l’ancien parlementaire.

Le rapport annuel du RHAJAC, daté du 17 juillet 2026, consacre ainsi un dossier spécifique à Alfredo Antoine. Le Réseau rappelle que l’ancien député avait fait l’objet d’un avis de recherche « pour complot contre la sûreté de l’État, financement de gangs armés, association de malfaiteurs et complicité d’assassinat ». Il précise que, le 18 février 2025, la DCPJ avait émis cet avis de recherche pour son implication présumée dans « des réseaux de criminalité organisée opérant dans l’aire métropolitaine ». Le RHAJAC rappelle également son arrestation, le 4 avril 2025, à Morne Calvaire.

Lors de cette arrestation, le RHAJAC rapporte que les enquêteurs avaient saisi « plusieurs armes à feu, de munitions, et de matériel de communication », éléments versés au dossier comme « présomptions matérielles de lien avec des structures armées ». Mais le 9 mai 2025, soit 35 jours après son arrestation, Alfredo Antoine avait été remis en liberté sur ordre du commissaire du gouvernement près le Tribunal de première instance de Port-au-Prince, Me Frantz Monclair. Pour le RHAJAC, cette décision posait déjà la question de la suite réservée à un dossier comportant des accusations particulièrement graves.

Le Réseau avait alors dénoncé ce qu’il considérait comme une rupture de la chaîne pénale. Dans son rapport, il écrit que « ce dossier illustre une instrumentalisation de la détention préventive suivie d’une libération administrative qui vide de sens l’action pénale ». Il ajoute : « En l’absence de condamnation, les accusations extrêmement graves qui pèsent sur M. Antoine ne sont ni confirmées ni infirmées. » Le RHAJAC demandait par conséquent au Parquet de préciser publiquement s’il y avait classement sans suite, non-lieu ou ouverture d’une information judiciaire et de fixer un calendrier judiciaire.

C’est dans ce contexte que le nouveau rapport du Groupe d’experts de l’ONU apporte des accusations beaucoup plus lourdes concernant l’ancien parlementaire. Le document affirme que, « depuis 2016 au moins », Alfrédo Junior Antoine a « armé et soutenu des groupes de jeunes de la région, s’en servant comme d’un outil politique au service de son programme ». Selon les experts, ces groupes « soit ont évolué pour devenir des gangs soit se sont ralliés à ceux-ci ». Le Groupe affirme également que M. Antoine est « responsable d’enlèvements et de détentions illégales », recourant « à des gangs et à d’autres individus armés pour intimider des opposants politiques ou s’emparer illégalement de biens ».

L’accusation la plus grave concerne toutefois l’attaque du 27 janvier 2025 à Kenscoff. Le Groupe d’experts affirme que « M. Antoine a été l’un des principaux commanditaires de l’attaque perpétrée le 27 janvier 2025 à Kenscoff ». Le rapport précise que cette attaque « s’est soldée par plus de 100 meurtres » et « s’est accompagnée de nombreux viols, y compris sur des mineurs, de vols qualifiés et de l’incendie d’habitations ». Les experts ajoutent : « Depuis lors, des gangs ont pris le contrôle de certaines parties de la commune, provoquant une vive inquiétude parmi les habitants. »

Le Groupe d’experts va encore plus loin en décrivant les contacts présumés entretenus par l’ancien député avec plusieurs acteurs du milieu criminel. Le rapport affirme que « M. Antoine a planifié des attaques avec des gangs dans plusieurs quartiers de Kenscoff ». Il précise qu’il « communiquait fréquemment avec des membres de Viv Ansanm, notamment Dady Paul, connu sous le nom de Frantz Valmyr (alias « Didy »), l’un des principaux chefs de gang à Kenscoff », ainsi qu’« avec d’autres membres de gang ». Les experts indiquent également qu’il « entretenait également des contacts réguliers avec Magalie Habitant, principale intermédiaire entre les responsables politiques, les hommes d’affaires et les gangs », et qu’il « avait des liens étroits avec Vitelhomme Innocent (HTi.005) ».

Le rapport de l’ONU affirme en outre qu’Alfredo Antoine a été « identifié comme l’un des fournisseurs d’armes à feu, de munitions et de ressources financières à Viv Ansanm, passant par un intermédiaire ». Les experts ajoutent : « Plusieurs armes à feu détenues illégalement ont également été découvertes à son domicile. » Le document revient par ailleurs sur d’autres accusations, affirmant que « M. Antoine a également été impliqué dans des affaires de meurtre, d’abus de confiance, de spoliation et de cambriolage de domiciles privés ». Le Groupe rappelle également qu’il « avait déjà été incarcéré pour fraude du 14 septembre 2005 au 25 avril 2008 » et qu’il « avait été arrêté en juillet 2015 pour appropriation illicite de biens, faux et usage de faux ».

L’évolution judiciaire du dossier constitue également un point de convergence entre les alertes du RHAJAC et le rapport de l’ONU. Le Groupe rappelle que « M. Antoine a été arrêté le 4 avril 2025 pour participation à un complot contre la sûreté de l’État, financement d’organisations criminelles, complicité de meurtre et association de malfaiteurs ». Le rapport précise ensuite : « Il a été remis en liberté le 9 mai 2025. » Ces éléments rejoignent le suivi effectué par le RHAJAC, qui avait dénoncé cette libération sans jugement et insisté sur la nécessité d’une clarification judiciaire.

Contacté par le Groupe d’experts dans le cadre de l’élaboration du rapport, Alfredo Antoine a rejeté les accusations portées contre lui. Le document précise que « le Groupe d’experts a pris contact avec M. Antoine, qui a démenti par courrier électronique avoir des liens avec les gangs ». Les experts ajoutent : « Le Groupe d’experts a transmis son message au Comité et maintient ses conclusions. » Cette précision est importante : les accusations formulées par les experts constituent les conclusions de leur enquête, mais ne valent pas condamnation judiciaire. Le RHAJAC lui-même rappelle dans son rapport que la mention d’une personne dans ses dossiers ne préjuge pas de sa culpabilité pénale, laquelle relève des juridictions compétentes.

Le dossier Alfredo Antoine révèle ainsi une continuité entre les alertes locales et les investigations internationales. Le RHAJAC avait documenté le dossier judiciaire dès 2025, dénoncé l’absence de suites après l’arrestation du 4 avril et, dans son rapport de juillet 2026, attiré de nouveau l’attention sur les accusations de financement de gangs et de criminalité organisée. Le Groupe d’experts de l’ONU vient désormais apporter une nouvelle dimension à ce dossier en affirmant que, « depuis 2016 au moins », Alfredo Antoine aurait armé et soutenu des groupes de jeunes, qu’il « a planifié des attaques avec des gangs dans plusieurs quartiers de Kenscoff » et qu’il a été « l’un des principaux commanditaires » de l’attaque du 27 janvier 2025. Le rapport de l’ONU ne fait donc pas apparaître le dossier Alfredo Antoine de nulle part : il intervient après des alertes, des procédures judiciaires et un travail de documentation déjà engagé en Haïti par le RHAJAC et des journalistes d’investigation.

Léandro S LÉONARD

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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