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Haïti : deux stades annoncés dans le Nord et le Sud, mais à quel prix sans sécurité ?

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Le gouvernement haïtien annonce la construction de deux stades modernes dans le Nord et le Sud, ainsi que la réhabilitation de plusieurs parcs sportifs à travers le pays. Présenté le mercredi 14 octobre 2026 par le ministre de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique, Pythagore Dumas, ce programme vise notamment à permettre aux sélections nationales de recevoir leurs adversaires en Haïti. Si le développement des infrastructures sportives constitue un investissement important pour l’avenir du sport national, une interrogation demeure : dans un pays toujours confronté à l’emprise des gangs armés, au rétablissement de la sécurité incertain et aux déplacements de milliers de personnes, les sommes prévues pour ces projets pourront-elles produire les résultats attendus sans un environnement sécuritaire stable ?

Dans le département du Nord, le projet prévoit la construction d’un stade à Milot. Dans le Sud, une infrastructure similaire est envisagée aux Cayes, sur le site du parc Larco. Le ministre Pythagore Dumas et le directeur général du ministère, Wilfince Mombrun, ont effectué une deuxième visite d’inspection sur ce dernier site le 10 octobre. Une étude technique doit encore déterminer la faisabilité du projet, tandis que la situation foncière mérite une attention particulière, des informations contradictoires circulant sur le règlement du différend relatif au terrain. À ce stade, les projets restent donc tributaires de plusieurs démarches avant que les travaux puissent véritablement avancer.

Vidéo du ministre des Sports, Pythagore Dumas, qui présente, le 14 octobre 2026, un programme concernant la construction de deux stades modernes dans le Nord et le Sud.

Selon les annonces officielles, les deux stades doivent répondre aux normes de la Fédération internationale de football association (FIFA). Leur construction permettrait aux Grenadiers et aux Grenadières de disputer davantage de rencontres internationales à domicile, alors que les sélections haïtiennes ont dû jouer certains matchs à l’étranger faute d’installations adaptées. La réalisation de telles infrastructures serait donc susceptible de contribuer au développement du football haïtien. Toutefois, en l’absence de garanties suffisantes sur la sécurité, il convient de s’interroger sur les conditions dans lesquelles ces équipements pourraient être utilisés, entretenus et ouverts au public. Un stade moderne ne peut pleinement remplir sa mission si les joueurs, les supporters et le personnel ne peuvent s’y rendre en toute sécurité.

Au-delà des deux nouvelles constructions, le ministère prévoit la réhabilitation de plusieurs parcs sportifs, notamment le parc Saint-Victor au Cap-Haïtien, le parc Levelt à Saint-Marc, le parc Serge Bernadelle dans la zone de la Grand’Anse et des Nippes, ainsi que le parc Saint-Joseph dans le Sud. Le parc Vincent, aux Gonaïves, figure également dans le programme, avec une inauguration annoncée pour le 1er janvier 2027. Ces travaux pourraient contribuer à améliorer les conditions de pratique sportive dans le pays. Encore faut-il que les engagements annoncés se traduisent par des réalisations concrètes, dans les délais prévus et avec des mécanismes permettant d’assurer la bonne gestion des infrastructures.

Photo du ministre de la Jeunesse, des Sports, Pythagore Dumas.

La question du financement mérite, elle aussi, d’être examinée de près. Le ministre affirme que les ressources nécessaires sont inscrites au budget de l’exercice fiscal 2026-2027. Cependant, les informations disponibles ne précisent ni le coût détaillé de chacun des deux stades ni la répartition exacte des crédits entre les différents chantiers. Dans ces conditions, la publication des montants prévus, des marchés publics, des entreprises retenues et du calendrier des décaissements permettrait de mieux apprécier la viabilité du programme et de prévenir les risques de mauvaise gestion. Dans un contexte où les ressources publiques sont limitées et les besoins sociaux considérables, la transparence constitue une exigence incontournable.

La question n’est donc pas de contester la nécessité de construire des stades modernes en Haïti, ni de souhaiter l’abandon de projets susceptibles de servir les sportifs et la population. Elle consiste plutôt à savoir si les conditions sont réunies pour garantir que les sommes engagées produiront les résultats attendus. Sans rétablissement durable de la sécurité, des infrastructures coûteuses pourraient rester difficilement accessibles, fonctionner au ralenti ou nécessiter des dépenses supplémentaires pour leur protection et leur entretien. Par ailleurs, sans contrôle rigoureux des marchés et des décaissements, rien ne permet d’écarter le risque que des fonds publics soient mal utilisés ou détournés. Il s’agit de risques à prévenir, et non d’accusations visant les responsables du projet.

Le défi pour les autorités sera donc de faire avancer ces investissements tout en apportant des garanties sur leur financement, leur exécution et leur utilisation future. Le développement du sport ne saurait être opposé à la nécessité de rétablir la sécurité : les deux objectifs doivent se compléter. Mais avant d’engager des dépenses importantes, le gouvernement devra préciser les mécanismes de contrôle prévus et expliquer comment il entend garantir la viabilité de ces équipements dans le contexte actuel. Car, au-delà des annonces, l’enjeu reste que l’argent public serve effectivement les intérêts du sport haïtien et de la population.

Léandro S LÉONARD

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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