Carrefour : le chef de gang Christ-Roi Chéry fait payer jusqu’à 200 000 gourdes le droit d’habiter chez soi
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À Carrefour, résider chez soi ne suffit plus pour être en sécurité. Les habitants dénoncent une nouvelle forme de terreur imposée par le chef de gang Christ-Roi Chéry, alias « Krisla », leader du gang Ti Bwa et membre de la coalition criminelle « Viv Ansanm ». Ce vendredi 16 octobre 2026, les résidents ont découvert des portes verrouillées par des chaînes, des menaces d’expulsion et des sommes exorbitantes exigées pour conserver leur logement : le quotidien de nombreuses familles est devenu un véritable calvaire. Dans cette commune de plus de 900 000 habitants, la population appelle à l’aide alors que le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé se heurte à une question brutale : comment expliquer que des criminels puissent imposer leurs propres règles aux citoyens, jusque dans leurs foyers ?
Depuis août 2026, selon les informations rapportées concernant ces extorsions, le gang impose aux propriétaires et aux locataires une prétendue « taxe annuelle » sur le logement. Les sommes réclamées varient de 5 000 à 200 000 gourdes par maison. Il ne s’agit pas d’une taxe légale, mais d’un paiement exigé sous la menace, sur un territoire où les habitants craignent de perdre leur toit s’ils refusent ou ne parviennent pas à payer.
Pour contrôler les paiements, les hommes armés inscrivent des signes sur les murs des maisons. Un « OK » signifie que le paiement est considéré comme réglé. Un point d’interrogation indique que la somme est incomplète. Une croix marque les maisons abandonnées dont le gang entend prendre le contrôle. Ainsi, les criminels ne se contentent pas d’extorquer les habitants : ils imposent leur propre système de contrôle du logement et décident, de fait, qui peut rester chez soi.

Pour les familles qui n’ont pas les moyens de verser les sommes exigées, le choix est cruel : trouver l’argent qu’elles ne possèdent pas ou s’exposer à des menaces et à l’expulsion de leur propre domicile. Les petites entreprises, les marchés et les transports sont également touchés par cette pression financière. La peur s’installe jusque dans les activités les plus ordinaires, tandis que les revenus des travailleurs et des commerçants sont amputés par les exigences du gang.
Cette situation pose une question cruciale au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et à son gouvernement : combien de temps encore les habitants de Carrefour devront-ils vivre sous la coupe de chefs de gangs, alors que l’État peine à leur assurer une protection élémentaire ? Lorsqu’un criminel peut exiger jusqu’à 200 000 gourdes pour permettre à une famille d’occuper son propre domicile, c’est bien plus que la sécurité publique qui s’effondre : c’est le droit de vivre chez soi qui est bafoué.
Les habitants ne réclament ni privilèges ni discours supplémentaires. Ils veulent simplement pouvoir ouvrir leur porte sans craindre de menaces, travailler sans subir le racket et dormir sans redouter de se retrouver à la rue. Mais à Carrefour, la terreur armée s’affiche jusque sur les murs des maisons, où quelques inscriptions suffisent à faire comprendre aux habitants qu’ils vivent désormais sous la surveillance des gangs.
Pour Alix Didier Fils-Aimé, le défi ne se mesure pas à l’aune des déclarations officielles, mais à celle de la réalité vécue par ces familles. Tant que des groupes criminels pourront imposer leurs taxes, menacer les propriétaires et s’approprier les maisons abandonnées, les promesses de rétablissement de la sécurité se heurteront à une réalité accablante.
À Carrefour, les gangs font payer aux citoyens le droit de rester chez eux. Et ce sont les familles qui paient le prix fort des défaillances d’un État incapable de garantir leur sécurité.
Par SANON M.A.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
