Haïti : la Convention Souveraine 2054 réclame le départ d’Alix Didier Fils-Aimé et dénonce un processus électoral biaisé
5 min read
La Convention Souveraine 2054 réclame le départ du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et de son gouvernement provisoire, qu’elle estime avoir échoué dans sa mission de rétablissement de la sécurité et d’organisations d’élections crédibles. Dans une prise de position publiée ce 22 octobre 2026, cette structure politique dénonce également une violation du principe de neutralité de l’exécutif et dont le chef du gouvernement de favoriser sa propre plateforme politique, « Viktwa », au détriment d’autres acteurs. Elle estime que, dans ces conditions, les prochaines élections risquent d’aggraver la crise plutôt que de contribuer au retour à l’ordre constitutionnel.
Dans son document, la Convention Souveraine 2054 fonde sa position sur le Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections. En effet, ledit pacte prévoit que « le gouvernement provisoire exerce le pouvoir exécutif jusqu’à la tenue des élections, avec une échéance fixée au 7 février 2027 ». Sur ce, la Convention rappelle que cet accord impose aux membres du gouvernement de s’abstenir d’utiliser les ressources publiques à des fins partisanes et d’instrumentaliser l’appareil de l’État à des fins politiques.
Le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé s’est éloigné de cette exigence de neutralité. Par conséquent, lui reproche de s’être engagé dans la compétition électorale alors qu’il devrait, en tant qu’exécutif provisoire, créer les conditions nécessaires à des élections impartiales, est un rappel au respect du Pacte national. La plateforme Viktwa, qui est celle du pouvoir, bénéficie des moyens humains, logistiques et matériels de l’État. Dans ce contexte, le Premier ministre ne fait que compromettre l’équité du processus électoral et de marginaliser plusieurs forces politiques.
C’est principalement sur cette base, à laquelle s’ajoutent les critiques sur le bilan général du gouvernement, qui motive l’appel au départ de l’exécutif. La Convention Souveraine 2054 estime que le pouvoir en place n’a pas rempli sa mission prioritaire : créer les conditions de sécurité et organiser des élections crédibles. Elle juge le bilan des dix mois de gouvernance d’Alix Didier Fils-Aimé « désastreux », tant sur le plan sécuritaire que sur les plans économique et social.
Sur le terrain de la sécurité, la structure dénonce une détérioration de la situation, marquée, selon elle, par l’expansion des groupes armés, la multiplication des enlèvements et les difficultés de circulation sur les routes nationales. Le cas d’enlèvement le plus récent remonte au 18 octobre 2026, où quatre soldats salvadoriens ont été pris dans une embuscade. Elle affirme que plusieurs communes sont passées sous le contrôle de groupes criminels et que la pression des gangs demeure particulièrement préoccupante dans cinq départements du pays. Pour la Convention, l’incapacité à enrayer cette insécurité constitue un échec majeur au regard de la mission confiée au gouvernement provisoire.

La situation économique et sociale figure également parmi ses principaux griefs. La Convention déplore l’aggravation de la précarité des ménages, la hausse des prix des produits de première nécessité et les difficultés croissantes auxquelles font face les catégories les plus vulnérables. Elle établit aussi un lien entre cette misère et le recrutement de jeunes par les groupes armés, les viols collectifs. Concernant les personnes déplacées par la violence, elle critique une réponse gouvernementale qu’elle considère insuffisante, estimant que leur retour dans leurs quartiers et leurs foyers ne constitue pas une priorité réelle de l’exécutif.
La Convention évoque par ailleurs le dernier rapport du secrétaire général des Nations unies présenté au Conseil de sécurité. Selon sa lecture de ce document, celui-ci met en évidence non seulement les insuffisances du gouvernement dans la réponse aux besoins de la population, mais aussi des indices de connivence entre des personnalités proches du pouvoir et des groupes armés. Ces faits formulés par la Convention, renforcent sa remise en cause de la capacité de l’exécutif à conduire la transition.
La structure politique s’inquiète du risque de prolongation du pouvoir provisoire au-delà de l’échéance prévue. Elle rappelle que le calendrier électoral initial prévoyait un premier tour le 30 août 2026, un second tour le 6 décembre et la publication des résultats définitifs le 7 janvier 2027. Elle redoute qu’en raison des retards et de la gestion du processus électoral, le mandat du gouvernement ne soit prolongé de fait. Elle appelle donc les forces politiques et les organisations qu’elle qualifie de souverainistes à se mobiliser pour empêcher une telle dérive.
La Convention Souveraine 2054 estime que les prochaines élections devraient constituer un tournant dans la refondation institutionnelle du pays. Mais elle soutient que, sous la conduite de l’actuel gouvernement, elles risquent plutôt d’institutionnaliser le chaos et d’accentuer les violences ainsi que la paupérisation. Elle affirme, en conséquence, refuser de participer à un processus qu’elle considère comme faussé par l’intervention du pouvoir.
Léandro S LÉONARD
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
