Martelly à la présidence? Haïti ne peut pas se permettre le retour des « bandits légaux »
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Michel Martelly veut retourner au Palais national. L’ancien président (2011-2016) a déposé son dossier ce vendredi 23 octobre 2026, sous l’étiquette Debloke. Nouvelle enseigne, même homme. Les autorités électorales trancheront sur sa validité, mais les citoyens ont déjà leur question : peut-on confier le pays à celui que l’ONU, le Canada, les États-Unis et l’Union européenne rattachent aux gangs qui l’étouffent ?
En deux décennies, Haïti a connu deux catastrophes. La première, personne ne pouvait l’empêcher : le séisme de janvier 2010, qui a fait plus de 316 000 morts et 1,5 million de sinistrés. La seconde est arrivée par les urnes, et nous l’écrivons sans détour : l’accession de Martelly au pouvoir en 2011. On ne refuse pas un séisme. On peut refuser un retour.

D’abord, le dossier. Les experts de l’ONU affirment que Martelly s’est servi de gangs pour étendre son emprise sur des quartiers, et qu’il a créé Base 257, financée et armée pour empêcher les manifestations contre le gouvernement. Le rapport cite aussi Village de Dieu, Ti Bois et Grand-Ravine.
Le Canada l’a sanctionné en 2022, les États-Unis en 2024, puis l’Union européenne a gelé ses avoirs en décembre 2025. Ces sanctions ne sont pas des condamnations pénales. Mais trois capitales qui disent la même chose, ce n’est pas du hasard.
Ensuite, l’homme. En 2010, il court avec Repons Peyizan, une plateforme montée pour sa campagne, que ses critiques décrivaient sans idéologie ni structure. Une fois élu, il ne la construit pas. Il passe son mandat auprès du PHTK, formé en 2012 pour le soutenir. Ce parti porte son dauphin, Jovenel Moïse, élu dès le premier tour en 2016. Moïse est assassiné en juillet 2021. Des doutes planent encore dans l’opinion. Martelly n’est ni accusé ni inculpé dans ce dossier, mais il était attendu comme témoin à son retour en juillet. Un homme qui traîne autant de questions ne devrait pas demander les clés du pays.
Aujourd’hui, Debloke. Trois élections, trois bannières. Un parti, c’est une idéologie, un programme, une équipe qui survit à un scrutin. Martelly, lui, loue des enseignes. Dans un pays où les partis politiques sont déjà très décriés, c’est une insulte de plus faite aux électeurs : l’étiquette change quand elle a trop servi, l’homme reste.
Et quel nom pour un pays paralysé par les gangs ! Debloke, sous la plume d’un homme que les rapports visent. Qui a verrouillé la porte, et qui prétend détenir la clé ? Les experts décrivent des politiciens et des élites économiques qui, en quête de votes ou de protection pour leurs biens, ont nourri les gangs, les enrichissant et les renforçant. Martelly n’a pas répondu publiquement à ces accusations.
Le « bandit légal » ne porte pas d’arme. Il finance, protège, négocie, puis se présente avec ses avocats devant l’électeur, sous une nouvelle étiquette. Une candidature n’est pas un blanchiment, et un dossier déposé n’est pas un certificat de bonne conduite. Un séisme, on le subit. Un retour, on le refuse. Aux autorités électorales d’abord, aux électeurs ensuite, de dire non au retour des bandits légaux.
Gladimi BRUNI
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
