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Procès de Christian Sanon : les messages et documents qui éclairent les préparatifs de l’assassinat de Jovenel Moïse

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Le procès fédéral de Christian Emmanuel Sanon, pasteur haïtiano-américain accusé d’avoir participé au complot visant à renverser le président Jovenel Moïse, continue d’exposer les communications, les relations et les démarches qui ont précédé l’assassinat du chef de l’État haïtien, tué dans sa résidence privée à Pèlerin, à Port-au-Prince, le 7 juillet 2021.

Au cours des audiences, les procureurs fédéraux se sont appuyés sur des messages électroniques, des conversations téléphoniques, des documents et d’autres éléments numériques pour tenter de démontrer le rôle qu’aurait joué Sanon dans les préparatifs de l’opération. De son côté, la défense conteste cette interprétation et soutient que son client a progressivement été écarté des discussions stratégiques à mesure que le projet évoluait.

Des communications numériques au centre de l’accusation

Christian Emmanuel Sanon, ancien responsable d’un organisme québécois d’aide internationale, accusé d’avoir recruté les assassins du président haïtien Jovenel Moïse.

Les éléments présentés au procès montrent l’importance des communications numériques dans la reconstitution des événements ayant conduit à l’assassinat de Jovenel Moïse. Les enquêteurs ont notamment examiné des échanges entre Sanon et plusieurs personnes associées, selon l’accusation, aux différentes étapes du projet.

Les analyses numériques réalisées par le FBI occupent une place importante dans ce travail. L’analyste Elizabeth Riddell a notamment été interrogée sur les données extraites de téléphones et sur des communications entre plusieurs protagonistes. Selon un compte rendu du Miami Herald publié en octobre 2026, les échanges entre Sanon et l’informateur du FBI, Antonio « Tony » Pretel, ont également été examinés au cours des audiences.

Le parquet cherche à établir, à travers ces communications, que Sanon ne se limitait pas à exprimer des ambitions politiques, mais qu’il aurait pris part à certaines démarches liées au projet de renversement du président. Les procureurs ont notamment attiré l’attention sur des messages dans lesquels il aurait été désigné comme « président », une appellation qu’ils considèrent comme révélatrice de la place qu’il occupait dans le projet.

La défense propose une lecture différente de ces mêmes éléments. Elle estime que les messages doivent être replacés dans leur contexte et que leur interprétation ne saurait reposer uniquement sur des phrases isolées. Les avocats ont notamment contesté la manière dont certains échanges ont été présentés, soulignant qu’un message écrit ne permet pas toujours de déterminer avec certitude l’intention, le ton ou la portée réelle des propos de son auteur.

La défense soutient que Sanon aurait été progressivement écarté

L’un des principaux arguments de la défense repose sur l’idée que Christian Emmanuel Sanon aurait perdu de son influence au sein du groupe à mesure que les préparatifs avançaient.

Selon les comptes rendus des audiences, les avocats ont attiré l’attention sur des conversations de groupe auxquelles Sanon n’aurait pas été associé. Ils ont également évoqué des échanges laissant entendre que certaines décisions étaient prises sans qu’il en soit informé.

Cette thèse s’inscrit dans un contexte de tensions autour de sa candidature à la présidence. D’après les éléments rapportés dans la presse américaine et les documents judiciaires, plusieurs personnes impliquées dans le projet auraient progressivement remis en question sa capacité à prendre la tête du pays. Sa situation financière, son manque supposé de soutien populaire et les interrogations relatives à son admissibilité constitutionnelle auraient contribué à cette évolution.

Les comptes rendus du procès indiquent qu’à mesure que le projet évoluait, certains protagonistes se seraient tournés vers Wendelle Coq Thélot, ancienne juge de la Cour de cassation, comme éventuelle remplaçante de Sanon. Cette évolution est importante pour comprendre l’argument de la défense : celle-ci cherche à démontrer que le pasteur n’aurait pas conservé le même niveau d’influence jusqu’aux derniers moments précédant l’assassinat.

Toutefois, le fait qu’une personne ait été exclue de certaines conversations ne suffit pas, à lui seul, à établir qu’elle n’a participé à aucune autre étape du projet. C’est précisément l’interprétation de l’ensemble des communications et des autres éléments de preuve qui constitue l’un des enjeux du procès.

Les échanges avec Frederick Bergmann et la chronologie des faits

Les relations entre Sanon et Frederick Bergmann figurent également parmi les éléments examinés dans le cadre de l’affaire.

Les documents judiciaires américains indiquent que, vers le 9 juin 2021, Sanon aurait envoyé un message à Bergmann confirmant des dispositions relatives à la réception et à la livraison de gilets balistiques en Haïti. Selon les accusations fédérales, des gilets auraient ensuite été expédiés depuis la Floride vers Haïti, le 10 juin 2021, au moyen de documents d’exportation qui auraient été renseignés de manière trompeuse.

Ces éléments concernent notamment des infractions présumées liées à l’exportation de matériel de protection. Ils s’inscrivent dans le dossier plus large portant sur les ressources et les moyens mobilisés pour soutenir les personnes recrutées en Haïti.

Par ailleurs, des comptes rendus récents du procès font état d’échanges entre plusieurs protagonistes avant et après l’assassinat. Ils montrent que les enquêteurs et les procureurs tentent de reconstituer la chronologie des décisions, des déplacements et des communications afin de déterminer le rôle attribuable à chacun.

Cependant, les formulations exactes de certains messages attribués à Sanon et à Bergmann pour les 5, 7 et 8 juillet 2021, ainsi que les heures précises auxquelles ils auraient été envoyés, doivent être vérifiées à partir des transcriptions officielles ou des pièces présentées devant le tribunal avant d’être reproduites comme des citations authentifiées.

Un document présenté comme un mandat d’arrêt contre Jovenel Moïse

Les documents examinés au procès constituent un autre volet important des débats. Dans un compte rendu publié le 19 octobre 2026 par le média haïtien InfoNation, il est rapporté que le procureur Jason Wu a interrogé une analyste du FBI au sujet de communications et de documents associés à plusieurs personnes, dont Joseph Vincent, Helen Maniche et Bob Balthazar.

Selon ce compte rendu, les débats ont notamment porté sur un document présenté comme un mandat d’arrêt visant Jovenel Moïse. Le document aurait été transmis par Sanon à Joseph Vincent le 7 février 2021.

Cette question s’inscrit dans le contexte de démarches qui auraient précédé l’opération contre le président. Dans un communiqué publié en janvier 2023, le département américain de la Justice avait indiqué que des documents prétendument signés par une ancienne juge haïtienne avaient été utilisés dans le cadre du projet visant à arrêter le chef de l’État et à le conduire hors du pays.

Il convient néanmoins de distinguer l’existence d’un document présenté comme un mandat d’arrêt de son authenticité, de sa validité juridique et de l’usage qui aurait été envisagé pour celui-ci. Ces différents aspects doivent être établis à partir des pièces judiciaires et des témoignages concernés.

Par ailleurs, l’information relative à la transmission d’un document en février 2021 ne permet pas de confirmer, à elle seule, qu’une photographie du même document aurait circulé entre les protagonistes les 7 ou 8 juillet 2021. Cette dernière affirmation nécessite une vérification distincte.

Des noms de responsables haïtiens apparaissent dans les débats

Les échanges présentés au procès font également référence à plusieurs personnalités politiques et à d’autres acteurs haïtiens. Ces mentions sont examinées afin de comprendre les relations entre les protagonistes, les personnes envisagées pour participer à une éventuelle nouvelle administration et les réseaux qui auraient entouré le projet.

Le Miami Herald a notamment rapporté que certaines conversations contenaient des références à des responsables politiques, à des personnalités religieuses et à d’autres individus dont les noms apparaissaient dans les discussions. Le journal précise toutefois que la présence d’un nom dans une conversation ne démontre pas nécessairement que la personne concernée a participé au complot.

Le nom de l’ancien sénateur Youri Latortue figure dans la transcription à vérifier de certains échanges évoqués autour de cette affaire. Néanmoins, les sources consultées ne permettent pas de confirmer indépendamment qu’il aurait été mentionné dans la séquence précise de messages attribuée aux 7 et 8 juillet 2021.

En l’absence d’une transcription officielle ou d’une pièce judiciaire permettant de vérifier cette mention, il serait prématuré d’affirmer qu’elle a été établie au cours de l’audience. A fortiori, la simple apparition du nom d’une personnalité dans un échange ne saurait être interprétée comme une preuve de sa participation à un acte criminel.

Une affaire marquée par des versions contradictoires

Le procès de Christian Emmanuel Sanon s’inscrit dans une enquête plus large sur l’assassinat de Jovenel Moïse, qui a donné lieu à plusieurs procédures judiciaires aux États-Unis. En janvier 2023, le département américain de la Justice avait annoncé de nouvelles inculpations liées au projet présumé. Les autorités américaines ont notamment soutenu que l’opération, initialement présentée comme une tentative d’arrestation et d’exfiltration du président, aurait évolué vers un projet d’assassinat.

Quatre autres hommes poursuivis dans le cadre de cette affaire ont été reconnus coupables lors d’un procès fédéral antérieur en 2026. Sanon, présenté comme un pasteur haïtiano-américain âgé de 67 ans au moment de l’ouverture de son procès, doit répondre séparément des accusations portées contre lui.

L’accusation cherche à établir que ses ambitions politiques, ses relations avec les autres protagonistes et certaines démarches matérielles ou logistiques témoignent d’une participation au projet. La défense, quant à elle, insiste sur les contradictions de la chronologie et sur les éléments qui, selon elle, démontreraient que Sanon avait perdu son influence au sein du groupe.

Au-delà des versions opposées, les messages et documents examinés devant le tribunal constituent des pièces importantes pour reconstituer les événements. Leur portée doit toutefois être appréciée à la lumière de leur contexte, de leur authenticité et des autres preuves présentées.

À ce stade, la prudence reste donc indispensable : les éléments rapportés par les procureurs constituent des allégations à examiner dans le cadre judiciaire, tandis que les arguments de la défense ne dispensent pas le tribunal d’évaluer l’ensemble des preuves. La responsabilité pénale de chaque personne doit être appréciée individuellement, sur la base des éléments établis dans la procédure.

Léandro S LÉONARD

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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