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ONA : absences dénoncées et gestion contestée, des employés et des organisations réclament le départ de Lovely François

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La crise qui secoue l’Office national d’assurance-vieillesse (ONA) continue de susciter des préoccupations au sein de l’institution et dans la société civile. Entre dénonciations de faits de corruption, soupçons de favoritisme dans les nominations, interrogations sur les dépenses administratives et contestations syndicales, la gestion de la directrice générale, Lovely François, fait l’objet de critiques récurrentes. Des employés et des organisations réclament désormais son départ, tandis que le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé est appelé à intervenir.

Cette situation n’est pas nouvelle. Depuis la nomination de Lovely François, le 20 mars 2026, notre rédaction n’a cessé d’attirer l’attention de l’opinion publique sur les controverses entourant sa gestion. Dès le 23 mars, nous rapportions le report de sa cérémonie d’installation, initialement prévue ce jour-là, après la mobilisation d’employés opposés à sa nomination. Ces derniers dénonçaient notamment le manque de transparence ayant entouré cette décision. Lovely François a finalement été officiellement installée le 24 mars 2026.

Le 5 juin suivant, notre rédaction revenait sur les démarches de plusieurs organisations de la société civile qui avaient écrit au Premier ministre pour réclamer des enquêtes sur la gestion de l’ONA et demander la révocation de la directrice générale. Le média rapportait également que l’organisation « Ansanm Kont Enpinite ak Koripsyon (AKEK) » avait saisi l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC), le 30 mai 2026, afin de solliciter une enquête sur plusieurs opérations financières de l’administration actuelle.

Lovely François, directrice générale de l’ONA, depuis le 24 mars 2026.

Au cœur de ces dénonciations figurait notamment une activité organisée le 29 mai 2026 au Club Flume, à Delmas 75, à l’occasion de la fête des Mères. Selon les plaignants, plus de 14 millions de gourdes auraient été engagés pour cet événement, sans que des justifications financières jugées suffisantes aient été rendues publiques. Le dossier évoquait également des dépenses considérées comme excessives, des contrats attribués dans des conditions contestées et des voyages à l’étranger financés avec les ressources de l’institution.

Le 18 juin 2026, le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC) demandait l’ouverture d’une enquête indépendante sur les activités de Lovely François. L’organisation évoquait des soupçons de gaspillage de fonds publics, de favoritisme et d’utilisation présumée des ressources de l’ONA à des fins politiques. Elle réclamait notamment un audit indépendant des contrats, marchés publics et décaissements effectués depuis l’arrivée de la directrice générale, ainsi que l’intervention de l’ULCC et de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif.

Le 14 juillet, à l’occasion de l’installation de Job Pierre comme directeur général adjoint, notre rédaction rappelait que les contestations contre Lovely François demeuraient sans réponse publique définitive. Notre média revenait notamment sur les demandes d’enquête des organisations de la société civile, les soupçons concernant les dépenses de l’institution et les procédures engagées auprès des autorités de contrôle. Le dossier prenait ainsi une dimension plus large, dépassant la simple contestation de la nomination de la directrice générale.

Six jours plus tard, le 20 juillet, on publiait de nouvelles informations sur des nominations controversées au sein de l’ONA. Selon les éléments recueillis par sa rédaction, plusieurs employés auraient été recrutés ou maintenus dans l’institution sur recommandation de personnes présentées comme des chefs de groupes armés, notamment Christ-Roi Chéry, alias Krisla, et Johnson André, alias Izo. Notre média faisait également état de soupçons de contrats fictifs et d’appels d’offres manipulés, appelant les autorités compétentes à vérifier les conditions de recrutement et d’attribution des marchés.

Le 21 août 2026, notre rédaction revenait encore sur ces accusations. Dans une nouvelle publication, on affirmait que des personnes recommandées par des chefs de gangs continuaient d’être nommées au sein de l’institution. Il demandait à Lovely François de rendre publics les noms des bénéficiaires de ces nominations, leurs fonctions, leurs qualifications, leurs rémunérations et leurs dates de recrutement. La rédaction soulevait également la question des compétences et du parcours professionnel de la directrice générale, estimant que les cotisants avaient le droit de connaître les qualifications de la personne chargée de gérer leurs contributions.

Parallèlement à ces dossiers, les contestations internes n’ont pas disparu. Le Syndicat des employés de l’ONA (SE-ONA) a notamment rejeté le bilan présenté par la direction générale après ses cent premiers jours, dénonçant des insuffisances dans la gestion administrative, le dialogue social et la prise en compte des revendications du personnel. Les tensions autour des conditions de travail et de la gouvernance de l’institution ont ainsi continué d’alimenter les appels à un changement de direction.

À ces controverses s’ajoutent aujourd’hui des interrogations sur les absences répétées et prolongées de Lovely François aux États-Unis. Selon les informations avancées dans les dénonciations récentes, ces déplacements seraient liés à la préservation de son statut de résidence dans ce pays. Si ces allégations sont avérées, elles soulèveraient des questions sur sa disponibilité et sur la continuité de la gestion d’une institution publique aussi importante. Les circonstances et la durée de ces séjours nécessitent toutefois des éléments vérifiables et des explications de la principale concernée.

Le fonctionnement du plan de pensions constitue un autre sujet de préoccupation évoqué dans les critiques adressées à l’administration actuelle. Les difficultés signalées autour de ce dispositif, qui concerne directement la sécurité financière des bénéficiaires, appellent des éclaircissements. Un examen approfondi de sa gestion, accompagné d’un audit et de mesures correctives, serait nécessaire pour déterminer l’ampleur des éventuels dysfonctionnements et établir les responsabilités.

Face à l’accumulation de ces dossiers, des employés et des organisations syndicales de l’ONA, ainsi que des représentants de la société civile, réclament la révocation immédiate de Lovely François. Ils estiment que le maintien de l’actuelle directrice générale ne permet pas de répondre aux problèmes dénoncés et attendent du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé des décisions concrètes. Les demandes portent également sur l’ouverture d’enquêtes indépendantes afin que les différentes accusations puissent être vérifiées par les institutions compétentes.

Depuis mars 2026, Satellite509 a donc publié plusieurs alertes successives sur la gestion de l’ONA : contestation de la nomination, demande d’enquête auprès de l’ULCC, soupçons concernant les dépenses de la fête des Mères, dénonciations sur les recrutements et les marchés publics, ainsi que critiques syndicales. Malgré cette succession de publications et les démarches annoncées par différentes organisations, les interrogations soulevées continuent d’attendre des réponses institutionnelles précises.

L’ONA représente un instrument essentiel de protection sociale pour les travailleurs haïtiens. Les ressources qu’elle administre proviennent notamment des cotisations des assurés et doivent être gérées dans le respect des principes de transparence et de responsabilité.

Il appartient désormais au gouvernement et aux organes de contrôle de faire la lumière sur les différents dossiers, et de communiquer les résultats de leurs démarches. Pour les employés, les assurés et les retraités, l’enjeu dépasse le maintien ou le départ d’une directrice générale : il s’agit de préserver une institution dont dépend une partie importante de la sécurité sociale des travailleurs haïtiens.

Léandro S LÉONARD

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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