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Présidentielle en Haïti : Gary Bodeau sollicite le vote des Haïtiens après des accusations d’achat de voix au Parlement

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Sanctionné par les États-Unis et le Canada, Gary Bodeau demande pourtant aux Haïtiens de lui confier le pays. Sa plateforme Rekonsilye, lancée le 27 août 2026, le présente comme candidat à la présidence. Il s’est inscrit au CEP le 23 septembre, puis a déposé son dossier le 29 octobre. Avant de parler de leadership, l’ancien président de la Chambre des députés doit répondre de son passage au Parlement.

Ce que lui reprochent Washington et Ottawa

Le Trésor américain vise des faits liés à sa fonction. En 2018, Bodeau aurait payé des responsables pour obtenir leurs votes en vue de nominations ministérielles, et sollicité un pot-de-vin de plusieurs centaines de milliers de dollars. En 2019, il aurait offert de livrer un vote favorable pour un candidat ministre contre des millions de dollars versés aux députés. Des hommes d’affaires auraient fourni entre 500 et 600 millions de gourdes pour influencer ce vote. Ses avoirs aux États-Unis sont bloqués et il est généralement interdit d’entrée sur leur territoire. Le Canada l’avait sanctionné dès novembre 2022, l’accusant d’aider des chefs de gangs et de blanchir leurs gains.

Une Chambre sous le soupçon

L’ancien député de Delmas Gary Bodeau

Selon des informations disponibles, les parlementaires de cette période se sont comportés en « véritables marchands de votes ». En septembre 2019, la Fondasyon Je Klere dénonçait des députés qui auraient accordé leur confiance au Premier ministre nommé Fritz William Michel contre des sacs de riz et de l’argent liquide. Le 3 septembre, c’est Bodeau qui a mis ce vote aux voix : 76 voix pour, aucune contre. Rien n’établit qu’il ait personnellement touché de l’argent dans ces épisodes, mais c’est lui qui présidait la Chambre.

Le rapport 2019-2020 d’Ensemble Contre la Corruption relève aussi un achat étonnant. En novembre 2018, la Chambre a payé 4 701 dollars pour huit sacs de sucre et dix-sept sacs de café. En décembre, elle a payé 29 598 dollars pour la même quantité, soit environ six fois plus. Le rapport ne nomme pas Bodeau, mais l’achat date de sa présidence.

Un bilan que les chiffres contredisent

En 2018, Bodeau affirmait que « l’actuelle législature est la plus productive de l’histoire de ce pays ». Un document interne indique pourtant que la Chambre n’a voté que 14 textes issus de ses rangs en quatre ans. Bodeau a contesté ce chiffre, tout en reconnaissant que la Chambre « aurait pu faire mieux ». En août 2019, il disait pouvoir basculer dans l’opposition « si je n’arrive pas à trouver un accord avec le pouvoir en place ». La législature s’est achevée sur la caducité du Parlement, constatée le 13 janvier 2020.

Le verdict des urnes

Gary Bodeau proclame son innocence et a dénoncé publiquement les accusations canadiennes. Aucune condamnation ne figure dans les sources consultées. Mais, comme le note Ensemble Contre la Corruption, aucun cas de corruption de cette période n’a abouti à un jugement. En Haïti, l’absence de procès ne vaut pas innocence.

Bodeau n’est pas le seul à vouloir revenir sur le devant de la scène avec des sanctions internationales pour corruption à son dossier. Le plus sûr moyen de rompre avec ces pratiques reste de leur fermer la porte du pouvoir. Si la justice tarde, la sanction morale et celle des urnes appartiennent aux électeurs.

Reste une question de bon sens. Un chef d’État représente son pays auprès de ses partenaires, et le premier d’entre eux bloque les avoirs de Bodeau et lui ferme ses portes. Avec de telles sanctions, comment pourrait-il parler au nom d’Haïti ? Avec un premier tour reporté au 18 juillet 2027, les électeurs ont le temps d’y répondre.

Jimmy BRUNI

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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