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Affaires MJSAC : deuxième scandale, zéro conséquence. La ministre Octavius joue en ligue d’immunité

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Déjà épinglée par l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) pour un détournement présumé de 10 millions de gourdes dans un rapport publié le 26 septembre 2025, la ministre du MJSAC, Niola Lyn Sara Devalis Octavius, se retrouve à nouveau au cœur d’un scandale. Cette fois, c’est la gestion des 50 millions de gourdes alloués à la fête du drapeau qui fait éclater l’alarme, selon le dernier rapport publié par l’ULCC, le lundi 8 décembre 2025. Mais malgré des irrégularités massives, des chèques douteux et une passation de marché illégale, elle conserve son poste, confortablement protégée par le Premier ministre Fils-Aimé et le CPT.

Un second rapport ULCC accable la ministre

Le ministère de la jeunesse des Sports et de l’Action civique n’en finit plus avec les scandales. Dans un nouveau rapport transmis à la justice le 8 décembre, l’ULCC dévoile de graves anomalies dans l’utilisation des 50 millions de gourdes destinés à la célébration du 18 mai 2025. L’institution anticorruption parle de détournement, d’irrégularités flagrantes et de passation illégale de marché. La ministre Octavius se retrouve au centre de la tempête, une fois de plus.

Un chèque de 50 millions pour un événement patriotique

Tout part d’un chèque de 50 millions de gourdes. Le 16 mai 2025, la ministre adresse deux correspondances au Ministère de l’Économie et des Finances : une pour désigner un bénéficiaire, Jildas Jacques, administrateur du MJSAC, et une autre pour demander l’exécution du décaissement. La demande est d’abord refusée, mais après d’insistantes démarches, l’argent finit par sortir. Oui, le sport en Haïti connaît parfois une vitesse de décaissement inédite.

Témoignages contradictoires et justificatifs douteux

Auditionné, Jildas Jacques affirme avoir remis l’argent à la ministre par l’intermédiaire de son chef de sécurité. Puis il change de version. Puis il admet l’irrégularité des justificatifs. Un comptable par intérim qui ne comptabilise rien, des dépenses sans pièces, et une somme non justifiée de 2,6 millions de gourdes : le rapport ressemble davantage à une compétition improvisée qu’à une gestion d’État.

Anomalies dans les directions départementales

Les directions départementales n’ont pas fait mieux. Sur 9 millions de gourdes décaissés, 2 millions présentent des anomalies.
Dans le Nord, 600 000 gourdes d’irrégularités.
Dans le Sud-Est, 200 000.
Dans le Nord-Est, des contradictions.
Et dans l’Ouest, 4 millions largement ventilés sans trace claire de ce qui a réellement été organisé.
Des drapeaux ont bien été achetés, mais le patriotisme n’a pas suffi à équilibrer les comptes.

Des drapeaux à 655 000 gourdes… et d’autres à 10,2 millions

Le volet le plus spectaculaire reste la passation de marché. Deux entreprises, deux commandes, deux mondes.
À Caribean T-Shirt and Plus, des drapeaux pour 655 000 gourdes.
À C&I Office Supplies, d’autres drapeaux à 10,2 millions.
Même produit, prix multiplié par 15. Le seuil légal de 7 millions de gourdes est explosé, mais c’est la loi sur l’haltérophilie budgétaire qui semble avoir été appliquée ce jour-là.

Violation de la loi, mais aucune conséquence

L’ULCC est formelle : la ministre a violé la loi sur les marchés publics. Les articles de loi sont clairs, les montants évidents, les faits documentés. Et pourtant, Niola Octavius continue de diriger le MJSAC. Dans un pays où les athlètes rêvent d’une médaille, c’est elle qui obtient le podium le plus prestigieux : celui de l’immunité.

Déjà épinglée le 26 septembre, toujours protégée

Ce n’est pas la première fois. Le 26 septembre 2025, l’ULCC avait déjà recommandé des poursuites pour un autre détournement présumé, cette fois sur un budget de commémoration de Vertières. Silence radio. Pas de démission, pas de suspension. Au contraire : la ministre a consolidé sa position, entourée du soutien public du Premier ministre Fils-Aimé et du CPT. La loyauté paie mieux que les factures.

Impunités en série, système intact

Deux fois épinglée, deux fois protégée. À Port-au-Prince, l’impunité n’est pas un défaut du système, c’est le système. Et dans ce système, la ministre Octavius ne court pas après des médailles d’or, mais après des budgets publics. Et elle semble toujours arriver première.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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