Afrique : Erik Prince exige une recolonisation, son rôle en Haïti vivement questionné
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L’homme d’affaires américain Erik Prince, ancien officier des Navy SEALs et fondateur de la société militaire privée Blackwater, se retrouve au cœur d’une vive polémique après avoir tenu des propos suggérant que certains pays africains devraient être « recolonisés » en raison de la corruption de leurs dirigeants.
Ces déclarations, largement relayées et critiquées, ont choqué de nombreux observateurs qui y voient une vision rétrograde et profondément controversée des relations internationales. Pour plusieurs analystes, évoquer la recolonisation, même sous forme de provocation intellectuelle, ravive des blessures historiques encore vives sur le continent africain.
Une présence controversée en Haïti et un contrat contesté

La polémique prend un relief particulier en Haïti, où Erik Prince a conclu un accord de dix ans avec le gouvernement haïtien pour appuyer la lutte contre les gangs armés et réformer la collecte fiscale. Le contrat, opérationnel depuis mars 2025, prévoit le déploiement d’environ 200 personnels internationaux, incluant vétérans, spécialistes de sécurité et unités équipées de drones et d’hélicoptères pour cibler les zones contrôlées par les gangs.
Le montant du contrat, révélé par des enquêtes et communiqués officiels, s’élève à 542 634 238 USD. Selon le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC), ce contrat a été validé par une CSC/CA aux mandats expirés, ce qui le rend juridiquement fragile. Dans une note de presse publiée le 25 février 2026, le RHAJAC a rappelé :« Une institution en fin de mandat ne peut engager l’État pour dix ans. Sans Parlement. Sans contrôle. Sans légitimité incontestable. Sans gouvernement pleinement légitime. »
Le réseau a dénoncé le fait que l’État abandonne ainsi ses devoirs régalien en laissant la Douane, les ports et les frontières entre les mains d’une firme étrangère, estimant qu’une telle décision pourrait constituer un scandale d’une gravité supérieure au dossier PetroCaribe. Le RHAJAC exige la suspension immédiate du contrat et se dit prêt à porter plainte pour protéger la légalité et la souveraineté institutionnelle d’Haïti.
Résultats opérationnels discutés
Des rapports indiquent que les opérations de Vectus Global auraient contribué à la neutralisation de certains membres de gangs — plus de 230 individus selon des sources médiatiques — mais de nombreux observateurs estiment que les gangs continuent de contrôler des zones stratégiques, laissant planer le doute sur l’impact réel des interventions.
Pour plusieurs analystes et voix critiques, il y a un paradoxe frappant : Erik Prince appelle à une « recolonisation » de pays africains jugés incapables de se gouverner tout en étant impliqué dans des opérations sécuritaires en Haïti dont l’efficacité et la légalité sont contestées.
Une affaire qui interpelle
À ce stade, ni Erik Prince ni les autorités haïtiennes n’ont publié de réponse officielle concernant les propos récents ou sur l’efficacité de sa mission.
Dans un contexte régional déjà fragile, cette affaire relance une question sensible : jusqu’où les États en difficulté peuvent-ils externaliser leur sécurité sans compromettre leur souveraineté, leur crédibilité institutionnelle et la confiance de la population ?
Les propos sur la « recolonisation » et les activités de Vectus Global en Haïti mettent en lumière les tensions entre intérêts privés, enjeux sécuritaires et principes de gouvernance démocratique, soulevant un débat brûlant sur l’influence des sociétés militaires privées dans les pays vulnérables.
Léandro S Léonard
Djovany Michel est journaliste d’investigation et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant spécialisé dans l’analyse de la gouvernance, la corruption et les institutions publiques.
Il est également secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Fonction : Rédacteur en chef – Satellite509
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
