Arrêtés pour vol présumé de génératrice : la CONALD conteste le rapport de la DCPJ et réclame la libération de deux employés
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Port-au-Prince, 1er décembre 2025, La Commission nationale de lutte contre la drogue (CONALD) conteste un rapport publié par la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), qu’elle qualifie de « falsifié » et « incohérent », et appelle à la libération de deux de ses employés interpellés depuis le 28 août 2025.
Dans une note transmise à la presse, la CONALD affirme que plusieurs éléments figurant dans le document de la DCPJ, notamment ceux relatifs à des saisies de biens, des ruptures de scellés et des ventes présumées d’objets confisqués, seraient « inexacts » ou « manipulés ».
Arrestation de deux employés
Selon la CONALD, deux employés du Bureau des affaires foncières et des opérations de saisie (BAFOS), Jud-Myr Similien et Mario Gusma, ont été arrêtés par des policiers de la Brigade de lutte contre les véhicules volés (BLVV) le 28 août 2025.
L’institution affirme que ces derniers auraient été contraints d’ouvrir l’accès au site de RJ Rent A Car, où une carcasse de génératrice aurait été saisie sur la base d’allégations faites par un individu identifié comme Oly Damus.
Les employés ont été arrêtés parce que la DCPJ les soupçonne d’avoir tenté de vendre illégalement une génératrice saisie, d’avoir brisé des scellés et d’avoir soustrait des biens publics. La CONALD rejette toutes ces accusations et parle d’une arrestation abusive fondée sur un témoignage non vérifié.
Opération du 17 août 2024 et contestation des scellés
La CONALD remet également en question une opération conduite par la DCPJ le 17 août 2024, à l’issue de laquelle plusieurs véhicules, batteries, pneus et un coffre-fort auraient été saisis. Elle soutient qu’aucun procès-verbal de constat ne lui aurait été communiqué à propos de ces biens, ce qui, selon elle, rendrait « invalide » la liste figurant dans le rapport.
L’institution indique avoir toutefois reçu, le 8 novembre 2024, 27 véhicules remis officiellement par la DCPJ et constatés par le juge de paix Garry Coupette. Elle affirme que ces biens ne correspondraient pas à ceux mentionnés dans le rapport contesté.
À propos des accusations de bris de scellés, la CONALD déclare que l’état des scellés avait déjà été constaté avant la remise du site. Elle cite un procès-verbal du juge Jean-Marie Pauyo, daté du 16 juin 2025, indiquant que les scellés « n’étaient pas sains et entiers ». L’institution conclut qu’aucun employé de la CONALD ne pourrait être tenu responsable de cette situation.
Vente de biens et procédures légales
La CONALD rappelle qu’elle est légalement habilitée à transporter et vendre aux enchères des biens confisqués dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogue. Elle affirme que les biens mentionnés dans les procès-verbaux officiels sont toujours en sa possession et qu’elle met régulièrement des véhicules et bâtiments saisis à la disposition des forces de l’ordre.
Concernant les personnes mentionnées comme receleurs dans le rapport, l’institution indique que plusieurs des noms cités, notamment Dones Célestin, Jean Mary et Ganel Lajeunesse, ne feraient l’objet d’aucune arrestation connue, ce qui soulèverait des interrogations sur leur identification.
Convocation et ordre de mission
La CONALD nie également avoir reçu une convocation formelle visant son coordonnateur, Karl-Henry Périclès, affirmant qu’aucune trace d’un tel document ne figure dans ses registres. Elle invoque les dispositions constitutionnelles relatives à la procédure à suivre pour l’interpellation d’un haut fonctionnaire.
S’agissant de l’administrateur du BAFOS, Nolaire Compère, cité dans le rapport en raison d’un ordre de mission signé uniquement par lui, la CONALD explique qu’il s’agirait d’une « erreur matérielle » et que sa seule signature suffirait juridiquement à valider le document. Selon l’institution, il aurait été auditionné puis relâché.
Accusations contre le propriétaire de RJ Rent A Car
La CONALD évoque également le propriétaire de RJ Rent A Car, Réjouis Roosevelt, qu’elle dit impliqué dans une autre affaire de blanchiment, citant des informations attribuées à l’UCREF. Elle affirme que son représentant, Oly Damus, aurait joué un rôle dans les accusations portées contre ses employés, ce que la DCPJ n’a, pour l’heure, pas commenté.
Appel à la justice
L’institution conclut en appelant à la « libération immédiate » des deux employés détenus depuis trois mois, estimant que leur arrestation constituerait « une violation des droits fondamentaux ».
De son côté, la DCPJ n’a pas encore réagi officiellement aux accusations formulées par la CONALD.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
