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Assassinat de Jovenel Moïse : 175 000 $ pour Fantom 509, 3 millions réclamés à Christian Sanon – Yanick Joseph sous pression

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Les déclarations de John Joël Joseph devant la justice américaine viennent de relancer avec force le dossier de l’assassinat du président Jovenel Moïse. Dans un témoignage lourd de conséquences, il décrit un complot structuré, financé et soutenu par plusieurs acteurs, tout en évoquant des connexions troublantes avec des groupes armés opérant en Haïti.

John Joël Joseph

Selon ses propos, le groupe Fantom 509 aurait exigé 175 000 dollars en armes pour mener des actions violentes, notamment contre des infrastructures économiques stratégiques. Il affirme également qu’une somme de 3 millions de dollars aurait été sollicitée auprès du pasteur Christian Emmanuel Sanon afin de financer des manifestations et alimenter une dynamique de déstabilisation du pays.

Ces révélations, bien que non encore totalement corroborées par des preuves rendues publiques, s’inscrivent dans une série d’éléments qui renforcent la thèse d’un réseau complexe impliquant des intérêts politiques, économiques et sécuritaires. Elles interviennent dans un contexte où la justice haïtienne peine toujours à établir clairement les responsabilités internes, contrairement aux procédures en cours aux États-Unis.

Photo de l’ancienne policière Yanick Joseph.

Dans ce climat de tension extrême, l’ancienne policière Yanick Joseph, souvent associée dans l’opinion publique au mouvement Fantom 509 et parfois qualifiée de “reine” de ce groupe, a choisi de réagir publiquement. Lors d’un « Live » sur les réseaux sociaux, elle a rejeté catégoriquement toute implication dans des actions visant Jovenel Moïse, affirmant n’avoir jamais milité pour son départ, mais uniquement pour de meilleures conditions de travail pour les policiers, a-t-on appris ce dimanche 12 avril 2026.

Elle dénonce une campagne de diffamation et affirme pouvoir s’appuyer sur des archives pour prouver ses déclarations. Toutefois, aucun document vérifiable ni élément concret n’ont été présentés publiquement pour étayer ses propos, ce qui alimente un doute persistant.

Sa prise de parole, marquée par un ton offensif, des attaques contre ses détracteurs et des mises en garde, n’a pas contribué à apaiser les tensions. Au contraire, elle renforce l’impression d’une défense sous pression, davantage centrée sur la réaction que sur la démonstration factuelle.

L’ancienne policière Yanick Joseph parle au micro d’un journaliste.

Moment particulièrement marquant, Yanick Joseph a évoqué une détresse personnelle profonde liée aux événements récents, allant jusqu’à affirmer qu’elle aurait pu attenter à sa vie. Si cette déclaration peut traduire une souffrance réelle, elle soulève également des interrogations sur son usage dans un contexte public aussi sensible, où l’émotion peut influencer la perception.

Malgré cette sortie médiatique, plusieurs zones d’ombre demeurent. Pourquoi son nom continue-t-il de circuler dans certaines discussions liées à l’affaire ? Quel rôle exact a-t-elle joué durant les périodes de tension précédant le magnicide ? Et surtout, peut-elle produire des preuves tangibles pour dissiper définitivement les soupçons ?

Cette séquence illustre une réalité préoccupante : l’affaire de l’assassinat de Jovenel Moïse est aujourd’hui au cœur d’une véritable guerre de narration, où témoignages judiciaires, démentis publics et stratégies de communication s’entremêlent.

Pendant ce temps, en Haïti, l’absence de condamnations majeures et de clarification judiciaire continue d’alimenter un sentiment d’impunité, tandis que les révélations à l’étranger ne couvrent qu’une partie du réseau impliqué.

Une chose reste certaine : entre accusations explosives et défenses fragiles, la vérité peine encore à émerger. Et dans ce dossier, chaque déclaration — qu’elle vienne d’un accusé ou d’une personnalité publique, contribue à renforcer une impression persistante : la communication avance plus vite que la justice.

Capture d’écran de l’avis de recherche émis par la PNH contre l’ancienne policière, Yanick Joseph, le 24 mars 2021.

L’ancienne policière Yanick Joseph est également présentée dans certaines procédures comme membre de la 21e promotion de la PNH. Elle a été associée publiquement au SPNH-17, dont elle est l’une des figures fondatrices. Par ailleurs, la Police nationale d’Haïti avait émis un avis de recherche à son encontre, le 24 mars 2021, l’accusant notamment de faits liés à des activités qualifiées de subversives, ce qu’elle conteste.

Dans ses récentes interventions, elle a également rejeté toute implication dans le dossier Jovenel Moïse, affirmant que John Joël Joseph ne pourrait pas la citer dans ce cadre, tout en dénonçant ce qu’elle considère comme des accusations sans preuves.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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