Assassinat de Jovenel Moïse : de nouvelles révélations accablent Léon Charles, soupçonné d’avoir facilité le complot
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L’enquête internationale sur l’assassinat du président Jovenel Moïse connaît un nouveau tournant explosif aux États-Unis. Des révélations publiées par Miami Herald mettent directement en cause l’ancien directeur général de la Police nationale d’Haïti, Léon Charles, dans la préparation du magnicide.
Des négociations secrètes avant le crime

Photo virale sur les réseaux sociaux.
Selon ces informations, Antonio Intriago, propriétaire de la société de sécurité CTU Security, aurait directement approché Léon Charles avant l’opération. L’objectif : obtenir la collaboration (ou au minimum la neutralité) de la police haïtienne dans l’exécution du plan.
D’après les éléments révélés, Intriago aurait sollicité l’aide du chef de la PNH pour faciliter le déroulement de l’opération, notamment en évitant toute intervention policière susceptible de compromettre la mission des mercenaires.
Des SMS compromettants : “mettre fin à toute confrontation”
Le média américain évoque l’existence de messages textuels accablants. Dans ces échanges, Antonio Intriago aurait clairement demandé à Léon Charles de “mettre fin à toute confrontation” entre la Police nationale d’Haïti et le groupe d’anciens militaires colombiens impliqués dans l’assassinat.
Plus grave encore, ces messages indiquent que certains ressortissants américains impliqués dans le complot auraient eu besoin de la protection directe des autorités policières haïtiennes pour quitter le pays, ce qui soulève de sérieuses interrogations sur une possible complicité institutionnelle.
Promesse d’exfiltration et d’avantages personnels

En contrepartie, Antonio Intriago aurait offert à Léon Charles un package particulièrement sensible :
Un poste au sein de sa société basée aux États-Unis
Une “protection internationale” pour lui et sa famille
Des garanties de sécurité après l’opération
Ces éléments suggèrent l’existence d’un marché implicite entre intérêts privés et appareil sécuritaire d’État, dans un contexte où les institutions haïtiennes étaient censées protéger le chef de l’État.
Une implication qui relance la thèse d’un crime d’État
Ces révélations viennent renforcer une hypothèse de plus en plus persistante : celle d’un assassinat rendu possible par des complicités internes au sommet de l’appareil sécuritaire haïtien.
Si les faits sont confirmés, ils posent une question centrale :
comment un commando étranger a-t-il pu opérer pendant plusieurs heures sans réelle opposition des forces de sécurité ?
Le rôle présumé de Léon Charles, alors plus haut responsable de la police, pourrait constituer un élément clé pour comprendre les failles ( ou les complicités) qui ont permis l’exécution du président dans sa résidence privée.
Une enquête toujours sous pression

Plus de quatre ans après les faits, l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse reste fragmentée entre Haïti et les États-Unis. Malgré plusieurs arrestations et inculpations, de nombreuses zones d’ombre persistent, notamment sur les commanditaires et les relais institutionnels.
Ces nouvelles révélations du Miami Herald risquent d’intensifier la pression sur les autorités haïtiennes et internationales, appelées à faire toute la lumière sur ce crime aux ramifications transnationales.
Conséquence : une crédibilité institutionnelle en ruine
Au-delà des responsabilités individuelles, ce dossier illustre une réalité plus profonde :
l’effondrement de la chaîne de commandement sécuritaire en Haïti et la vulnérabilité de l’État face à des intérêts privés et criminels.
À ce jour, aucun jugement définitif n’a été rendu en Haïti dans le dossier de l’assassinat du président Jovenel Moïse, alors que plusieurs condamnations ont déjà été prononcées aux États-Unis contre des individus impliqués dans le complot. Ce contraste alimente une perception de plus en plus préoccupante : celle d’un système judiciaire haïtien paralysé, voire capturé, où certains acteurs soupçonnés dans cette affaire continuent d’exercer une influence politique ou institutionnelle. Pour une large partie de la population, ainsi que pour les proches du président assassiné, cette situation renforce l’idée que ceux qui sont accusés d’avoir participé, de près ou de loin, au crime, détiennent aujourd’hui les leviers du pouvoir et de la justice, compromettant ainsi toute perspective de vérité et de réparation.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
