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Assassinat de Jovenel Moïse : le procès fédéral débute en Floride

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Le procès fédéral relatif à l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse a débuté le lundi 9 mars 2026 devant un tribunal fédéral à Miami, dans l’État de Floride, aux États-Unis. Les premières audiences sont consacrées au processus de sélection du jury, une étape déterminante dans cette affaire qui remonte à la nuit du 7 juillet 2021, lorsque le chef de l’État a été tué dans sa résidence privée située à Pèlerin 5, dans la commune de Pétion-Ville.

La justice américaine poursuit plusieurs individus soupçonnés d’avoir pris part à une conspiration visant l’enlèvement ou l’assassinat d’un chef d’État étranger. Parmi les principaux accusés figurent Arcangel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, Walter Veintemilla et James Solages, qui auraient contribué à la préparation et au financement de l’opération depuis la Floride. En cas de condamnation, ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

Une photo du défunt président Jovenel Moïse, tirée des réseaux sociaux.

À mesure que le procès s’ouvre, de nouveaux éléments issus du dossier judiciaire attirent l’attention. Une déposition attribuée à Edwin Blanquicet Rodriguez, ancien militaire colombien impliqué dans l’opération, affirme que certains membres du groupe pensaient participer à une mission visant à interpeller ou renverser le président, plutôt qu’à l’éliminer. Ce témoignage mentionne également Duberney Capador Giraldo, un ancien soldat colombien présenté comme l’un des recruteurs de mercenaires ayant pris part à l’opération.

Dans cette version des faits, Capador aurait été abattu après son arrestation. Toutefois, cette affirmation provient de déclarations versées au dossier judiciaire et reste à être confirmée par la procédure.

Les procureurs fédéraux défendent quant à eux une tout autre interprétation. Selon l’accusation, un groupe d’hommes armés, en majorité hispanophones, aurait pénétré dans la résidence présidentielle avec des armes automatiques, avant d’abattre le chef de l’État. L’enquête menée par les autorités américaines souligne également l’implication d’anciens militaires colombiens recrutés pour mener l’attaque.

Les documents judiciaires mentionnent par ailleurs Victor Albeiro Pineda Cardona, ancien membre des forces spéciales colombiennes connu sous le surnom de « Pipe ». Les enquêteurs estiment qu’il aurait été recruté par des individus basés à Miami pour intégrer une unité surnommée « l’équipe Delta », chargée d’entrer dans la chambre du président lors de l’opération.

Les procureurs s’appuient aussi sur des preuves balistiques recueillies sur les lieux du crime. Selon l’accusation, certaines balles retrouvées sur les victimes correspondraient à un fusil d’assaut AR-15 attribué à des membres du commando. Ces éléments figurent parmi un important ensemble de preuves réunies dans l’enquête, qui comprend près de 1 500 pièces, notamment des témoignages, des communications et divers documents financiers.

Par ailleurs, plusieurs déclarations évoquent les conditions d’arrestation des suspects colombiens en Haïti. Certains d’entre eux affirment avoir subi des mauvais traitements après leur capture, des accusations qui ont déjà suscité des dénonciations pour violations des droits humains.

Suivi avec une grande attention en Haïti comme aux États-Unis, ce procès pourrait permettre de mieux comprendre les circonstances entourant l’assassinat de Jovenel Moïse et d’établir les responsabilités dans l’un des événements politiques les plus marquants de l’histoire récente du pays.

Léandro S Léonard

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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