AYITI AN AKSYON : après avoir revendiqué une collaboration étroite de Youri Latortue avec des diplomates européens, le parti dénonce aujourd’hui une « ingérence politique »
3 min readLa lettre publiée le 16 décembre 2025 par le parti AYITI AN AKSYON (AAA), signée par Jean Beauvoir Dorsonne, se veut une défense politique de Youri Latortue, récemment sanctionné par l’Union européenne. Mais une lecture attentive du document révèle davantage une stratégie d’évitement qu’un véritable plaidoyer souverainiste.
D’abord, un fait majeur : Youri Latortue ne signe pas lui-même la lettre. Sa défense est déléguée, alors même que le texte invoque la souveraineté nationale et dénonce une prétendue instrumentalisation internationale. Or, la souveraineté ne se défend pas par intermédiaires, surtout lorsqu’on a longtemps occupé des fonctions centrales au sommet de l’État.

Capture d’écran de la lettre publiée par le parti AYITI AN AKSYON (AAA) le 16 décembre 2025, signée par Jean Beauvoir Dorsonne, défendant Youri Latortue.
La lettre insiste sur le timing des sanctions, les reliant au décret électoral, mais évite soigneusement le fond des accusations. En droit comme en politique, le calendrier d’une sanction ne neutralise ni les faits reprochés ni les responsabilités passées.
AAA dresse ensuite un bilan flatteur du passage de Youri Latortue à la présidence du Sénat, citant plusieurs lois et enquêtes emblématiques. Pourtant, aucune application effective, aucune rupture structurelle ni sanction judiciaire majeure n’ont suivi. La souveraineté institutionnelle ne se mesure pas au nombre de textes votés, mais à leur mise en œuvre réelle.
Plus troublant encore, la lettre revendique une collaboration étroite avec l’Union européenne, citant d’anciens diplomates européens, tout en dénonçant aujourd’hui une ingérence politique de cette même institution. Cette contradiction affaiblit profondément le discours souverainiste avancé.
En définitive, cette lettre apparaît comme une justification tardive, marquée par des ambiguïtés assumées et une réécriture du passé. Youri Latortue semble moins victime d’une atteinte à la souveraineté que des conséquences de ses propres choix politiques. La souveraineté ne se proclame pas après coup : elle se défend par des actes, au moment où l’on détient le pouvoir.
Youri Latortue fait l’objet de plusieurs sanctions par la communauté internationale. Le 17 novembre 2022, le Canada l’a sanctionné, avec Michel Martelly et Rony Célestin, pour son implication présumée dans le financement et le soutien de groupes armés, ainsi que pour corruption et déstabilisation des institutions démocratiques. Les États-Unis, via le Département du Trésor, ont également imposé des mesures restrictives contre lui pour des liens avec des acteurs politiques et économiques haïtiens impliqués dans des gangs armés.
Enfin, le 15 décembre 2025, l’Union européenne a adopté de nouvelles sanctions ciblées à son encontre, comprenant le gel de ses avoirs dans l’espace européen, l’interdiction de voyager et l’interdiction pour toute personne ou entité européenne de lui fournir des fonds ou ressources économiques. Ces mesures s’inscrivent dans un cadre juridique renforcé et complètent les sanctions déjà adoptées par l’ONU.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
