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Blackwater en Haïti : le contrat secret qui donne à Alix Didier Fils-Aimé un pouvoir sans limites, avec le soutien de diplomates américains et canadiens

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Fort du soutien affiché de diplomates des États-Unis et du Canada, et après la signature d’un contrat de sécurité opaque impliquant Blackwater, via Vectus Global, la société dirigée par Erik Prince, proche de Donald Trump, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé gouverne désormais comme un élu légitime, sans mandat populaire, sans transparence et sans rendre de comptes. Pire encore, il n’envisage même pas son départ après le 7 février 2026.

Un contrat de sécurité tenu secret

Plusieurs responsables américains ont confirmé être au courant de la collaboration entre Erik Prince et l’État haïtien. Pourtant, les termes exacts de l’accord demeurent totalement confidentiels : aucun montant officiellement communiqué, aucune clause rendue publique, aucune précision sur la durée réelle du contrat ni sur les mécanismes de contrôle.

Alix Didier Fils-Aimé en 2025

Le Département d’État américain affirme ne pas financer ces opérations et nie toute implication directe, tandis que la Maison Blanche assure n’exercer « aucune surveillance ». Un double discours qui alimente de lourds soupçons.

Selon Erik Prince lui-même, un contrat de dix ans aurait été signé avec le gouvernement haïtien. Officiellement, il s’agit de combattre les gangs. Mais au-delà du discours sécuritaire, l’accord prévoit également la participation de Vectus Global à la collecte des impôts, notamment à la frontière haïtiano-dominicaine — une fonction éminemment régalienne, normalement réservée à l’État.

Mercenaires, drones et fiscalité : une souveraineté bradée

Vectus Global a commencé ses opérations en Haïti dès mars, déployant des drones sous la coordination directe d’un groupe de travail dirigé par le Premier ministre. Selon des sources citées par Reuters, plusieurs centaines de combattants étrangers (américains, européens et salvadoriens) pourraient être déployés, avec hélicoptères, bateaux, tireurs d’élite et spécialistes du renseignement.

Ce dispositif lourd, mis en place sans débat public, sans ratification institutionnelle et sans contrôle parlementaire, soulève une question fondamentale : qui gouverne réellement Haïti ?

Le passé d’Erik Prince aggrave ces inquiétudes. Fondateur de Blackwater, il a vendu l’entreprise après la condamnation de ses employés pour le massacre de civils à Bagdad. Ces mêmes agents ont été graciés par Donald Trump. Depuis, Prince a été impliqué dans des opérations sécuritaires controversées en Afrique et en Amérique latine, souvent accusées de violations des droits humains.

Des sénateurs américains tirent la sonnette d’alarme

En juillet, neuf sénateurs américains ont adressé une lettre officielle au secrétaire d’État Marco Rubio et à la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem, exigeant des explications détaillées sur l’implication d’une société militaire privée américaine en Haïti.

Ils évoquent de possibles violations de l’Arms Export Control Act (AECA) et du règlement ITAR, qui interdisent toute exportation de services militaires sans autorisation expresse. Les élus ont posé plusieurs questions précises, notamment sur l’existence de licences d’exportation, les évaluations en matière de droits humains et les risques de conflit avec la mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS). À ce jour, les réponses restent floues, voire inexistantes.

Un pouvoir grisé par l’appui international

Au moment où Alix Didier Fils-Aimé était sur le point d’être révoqué par le Conseil présidentiel de transition (CPT), l’ambassadeur du Canada, François Giroux, ainsi que le chargé d’affaires des États-Unis en Haïti, Henry T. Wooster, annonçaient publiquement la fin prochaine du mandat du CPT, sans jamais évoquer le départ du Premier ministre, alors même que son nom est impliqué dans de multiples affaires de corruption à haut niveau et dans des relations présumées avec des chefs terroristes.

Parallèlement, des messages auraient été adressés à plusieurs conseillers présidentiels afin de décourager toute tentative de révocation d’Alix Didier Fils-Aimé.

Il convient également de souligner que Fritz Alphonse Jean, chef de file du mouvement en faveur de la révocation du Premier ministre, a par la suite été sanctionné par les États-Unis le 25 novembre 2025, un fait qui a contribué à dissuader toute opposition interne et à renforcer la position d’Alix Didier Fils-Aimé.

C’est dans ce contexte qu’Alix Didier Fils-Aimé agit désormais en toute assurance. Se sentant protégé par Washington, il multiplie les annonces populistes : promesses de sécurité, d’élections et, plus récemment, l’installation de télévisions dans chaque section communale, alimentées par des panneaux solaires, à l’occasion de la Coupe du monde.

Une question s’impose :
dans quelle rubrique budgétaire ces dépenses sont-elles prévues ?

Aucun ligne budgetaire, aucun appel d’offres, aucun avis de la CSCCA.
Tout porte à croire qu’il s’agit d’une manœuvre de détournement de fonds publics, dissimulée derrière un projet d’« accessibilité » aux matchs de football.

Élections crédibles ou illusion politique ?

Alors que les gangs contrôlent toujours une grande partie du territoire, que la moitié de la population souffre d’insécurité alimentaire et que l’État peine à fournir des services de base, Alix Didier Fils-Aimé prétend organiser des élections crédibles. Une prétention difficilement défendable pour un dirigeant sans légitimité électorale, adossé à des contrats opaques et à des appuis diplomatiques intéressés.

Le contrat Blackwater, Vectus Global n’est pas un simple accord sécuritaire. Il est devenu le pilier invisible d’un pouvoir sans mandat, qui se maintient par la force, l’opacité et le soutien tacite de puissances étrangères.
En Haïti, la sécurité sert aujourd’hui de prétexte à la confiscation de la souveraineté, tandis que la transparence, elle, demeure la grande absente.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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