Crise institutionnelle : Me Newton Saint-Juste évoque des faits historiques sur la volonté du pouvoir judiciaire d’accaparer l’exécutif
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Une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux ce dimanche 8 février 2026 remet au cœur du débat public la question des rapports de force entre les pouvoirs judiciaire et exécutif en Haïti. Dans cette intervention devenue virale, Me Newton Saint-Juste, avocat et citoyen engagé, revient sur une série de faits historiques qu’il estime révélateurs d’une volonté persistante du pouvoir judiciaire, notamment de la Cour de cassation, d’exercer une influence directe sur l’exécutif. Il précise qu’il ne s’agit ni d’accusations personnelles ni de spéculations, mais d’événements connus et documentés, inscrits dans la séquence de la crise institutionnelle haïtienne.
Dans cette vidéo devenue virale le 8 février 2026, Me Newton Saint-Juste revient sur des faits historiques qu’il estime révélateurs des dérives institutionnelles ayant marqué les rapports entre le pouvoir judiciaire et l’exécutif en Haïti.
Selon Me Newton Saint-Juste, cette dynamique était perceptible bien avant la fin du mandat du président Jovenel Moïse. Il rappelle que, dès avant 2021, certaines décisions et initiatives émanant du pouvoir judiciaire laissaient entendre que la succession présidentielle devait se régler à l’interne. « Depi byen avan Jovenel Moïse tonbe an 20202, lakou kasasyon oubyen pouvwa jidisyè a te pran yon rezolisyon kote yo di se anndan la pou yo chwazi moun ki pral ranplase Jovenel Moïse la. Nan 6 pou rive 7 fevriye 2021, nou sonje sa k te rive avèk jij Mécène Joseph », affirme-t-il, en référence à l’épisode du serment controversé du juge Mécène Joseph comme président.
L’avocat évoque également d’autres faits marquants survenus à la même période, notamment des démarches judiciaires engagées alors que Jovenel Moïse était encore en fonction. Il rappelle l’existence d’un mandat d’un juge d’instruction liant le chef de l’État au dossier du massacre de La Saline. « Manda sa te fè konnen Jovenel te enplike nan masak Lasalin, nou sonje sa trè byen », souligne-t-il. Il ajoute qu’après le 7 février 2021, lorsque la Présidence a officiellement demandé des clarifications au pouvoir judiciaire sur l’origine et le suivi de ce mandat, la réponse institutionnelle aurait été sans équivoque. « Laprezidans ekri pouvwa jidisyè a pou mande kote manda sa sòti ak ki fen li, epi Prezidan CSJP fè konnen Tribinal premye entans Pòtoprens pa t okouran de manda konsa, ni de dosye parèy », rapporte Me Saint-Juste.
Pour l’avocat, ces éléments traduisent une instrumentalisation du pouvoir judiciaire dans un contexte de crise politique profonde. Il rappelle que le dossier de l’assassinat du président Jovenel Moïse, tant au niveau national qu’international, fait état de responsabilités impliquant des acteurs issus de l’appareil judiciaire. « Lè gang, kriminèl yo monte al asasinen Jovenel lakay li, yo te gen manda sa nan men yo… dosye asasina prezidan an, kit se an Ayiti kit se Ozetazini, li gen non yon jij Lakou kasasyon ladan l », affirme-t-il, toujours en référence à des faits figurant dans les procédures.
Me Newton Saint-Juste nuance toutefois ses propos en soulignant qu’il existe, au sein de la Cour de cassation et du pouvoir judiciaire en général, des magistrats honnêtes et compétents. Mais il déplore que les débats actuels restent focalisés sur des luttes de pouvoir, au détriment de l’intérêt national. « Se pa yon afè de pa m pi bon k ap regle. Gen nèg ki vle se Didier ki pou rete, gen lòt se CPT, oubyen 3 manb CPT ki pou rete, men m poko janm wè Ayiti nan tout deba sa yo », regrette-t-il, avant de poser une question centrale : « Moun ki pou rete, rete pou fè kisa ? »
À travers cette prise de parole, l’avocat appelle à une réflexion de fond sur l’avenir institutionnel du pays, estimant que sans une remise en question sincère des rapports entre les pouvoirs, Haïti risque de rester prisonnière d’une crise sans issue.
Gerlanda Filéus
Djovany Michel est PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média d’investigation spécialisé dans la lutte contre la corruption en Haïti, l’impunité, la mauvaise gouvernance et les abus de pouvoir. Journaliste anticorruption engagé, il mène des enquêtes sur les scandales financiers et les réseaux d’influence au cœur de l’État haïtien.
