Dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, le pasteur Muscadin et le prophète Markenson annoncent leur candidature aux prochaines élections
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Le paysage politique haïtien pourrait connaître un tournant inédit avec l’entrée en scène de figures religieuses issues du courant évangélique. En effet, dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, le pasteur André Muscadin, fondateur de l’église Shalom Tabernacle de Gloire, et le prophète Mackenson Dorilas, connu sous le nom de “prophète Markenson”, ont annoncé leur candidature aux prochaines échéances électorales, selon plusieurs sources consultées ce dimanche 22 mars 2026.

Le pasteur André Muscadin a clairement exprimé, dans cette intervention, son intention de briguer la présidence de la République. Leader influent, à la tête de l’une des plus grandes assemblées évangéliques du pays, il s’appuie sur une base de fidèles importante, en Haïti comme dans la diaspora. À travers ses déclarations, il présente sa démarche comme une mission à la fois spirituelle et nationale, visant à redresser le pays en crise. Cette annonce marque une nouvelle étape dans l’implication directe des leaders religieux dans la sphère politique haïtienne.

De son côté, le prophète Mackenson Dorilas a, lui aussi, profité de cette vidéo pour afficher ses ambitions politiques en visant un siège au Sénat. Originaire de Jérémie, il s’est fait connaître à travers ses prédications, ses prophéties et sa forte présence sur les réseaux sociaux. Son influence repose en grande partie sur une audience jeune et connectée, séduite par ses messages spirituels et ses prises de position sur la situation du pays.
Cependant, son parcours n’est pas sans controverse. Le prophète Mackenson Dorilas a été convoqué devant le parquet de Croix-des-Bouquets le mardi 11 septembre 2018, dans le cadre d’une affaire liée à des pratiques religieuses jugées préoccupantes par les autorités, notamment autour de rituels de guérison et de délivrance. Cette convocation, qui avait suscité de vives réactions dans l’opinion publique, relance aujourd’hui le débat sur la crédibilité et la responsabilité des figures religieuses engagées en politique.
Ces annonces ont rapidement suscité de nombreuses réactions. D’un côté, certains y voient une opportunité de renouvellement, avec des figures perçues comme proches du peuple et engagées moralement. De l’autre, des voix s’élèvent pour dénoncer une confusion entre religion et politique, ainsi que les risques liés à l’instrumentalisation de la foi à des fins électorales.
Dans un pays confronté à une crise multidimensionnelle, sécuritaire, économique et sociale, la population attend avant tout des solutions concrètes. L’entrée de leaders religieux dans la compétition électorale pose donc une question essentielle : ces figures sauront-elles transformer leur influence spirituelle en une gouvernance efficace, ou s’agira-t-il simplement d’un nouveau visage dans un système politique déjà fragilisé ?
À l’approche des élections, cette dynamique pourrait redéfinir les rapports entre religion et pouvoir en Haïti, tout en mettant à l’épreuve la capacité des institutions à encadrer des candidatures issues de milieux non traditionnels.
Léandro S Léonard
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
