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Deux poids, deux mesures : Maduro tombe sans combat pendant que des primes étrangères ciblent des gangs qui ravagent Haïti au cri de « Nap fè l jan blan mande l la »

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Dans la nuit du vendredi 2 au samedi 3 janvier 2026, les États-Unis ont démontré leur capacité à neutraliser, en un temps record, un chef d’État étranger lorsque leurs intérêts stratégiques sont directement engagés. En quelques heures, Caracas a été plongée dans l’obscurité, des frappes ciblées ont été menées, des forces spéciales déployées, et le président vénézuélien Nicolás Maduro a été capturé puis exfiltré avec son épouse. L’opération, revendiquée par Donald Trump, a été justifiée par des accusations de narcotrafic, mais s’inscrit surtout dans une logique assumée de contrôle des ressources, au premier rang desquelles le pétrole vénézuélien. Ici, la souveraineté d’un État n’a manifestement pesé aucun poids face aux intérêts énergétiques.

À l’inverse, en Haïti, la posture américaine relève d’une tout autre logique. Washington reconnaît officiellement que des gangs armés contrôlent des portions entières du territoire, terrorisent les populations, organisent massacres, enlèvements et paralysent l’État. Plusieurs de ces groupes, dont la coalition Viv Ansanm et le G9 dirigé par Jimmy Chérizier alias Barbecue, ont été formellement désignés comme organisations terroristes par les États-Unis, tout comme des chefs notoires tels que Lanmò San Jou, Izo ou Ti Lapli. Une qualification juridique lourde, censée autoriser des actions directes et exceptionnelles. Pourtant, aucune intervention militaire, aucune opération spéciale, aucune capture ciblée. À la place, Washington distribue des primes et publie des avis de recherche.

Le contraste devient d’autant plus troublant que certains chefs de gangs semblent agir avec une assurance déconcertante. Lanmò San Jou a ainsi affirmé publiquement, on cite : « Si Lapolis ta manyen yon plim sou do m, y ap an afè ak Lèzetazini », laissant entendre l’existence d’une protection ou, à tout le moins, d’une tolérance extérieure. Dans plusieurs vidéos devenues virales, des hommes armés scandent sans détour : « Nap bay li jan blan mandel la », slogan glaçant qui suggère une soumission assumée à des intérêts étrangers. Pendant ce temps, la réponse américaine reste limitée à des récompenses pouvant atteindre plusieurs millions de dollars, une stratégie plus proche de la sous-traitance sécuritaire que d’une véritable lutte antiterroriste.

Le cas de Michel Joseph Martelly achève de révéler cette politique à géométrie variable. L’ancien président haïtien, sanctionné par les États-Unis, le Canada et l’Union européenne pour ses liens présumés avec le narcotrafic et des groupes armés, réside toujours aux États-Unis, sans arrestation ni inculpation. Aucun hélicoptère, aucune opération nocturne, aucune démonstration de force. La drogue, encore une fois, ne semble pas constituer un obstacle majeur, sauf lorsqu’elle sert de prétexte à une intervention géopolitique. Ainsi se dessine une logique implacable : quand il y a du pétrole, on kidnappe un président ; quand il n’y a que le chaos, on offre des primes. Deux poids, deux mesures, au détriment d’Haïti et du droit international.

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