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Digicel propose à ses clients l’assurance BIMA ; cette assurance fantôme disparaît après dix ans de cotisations, sans réparation.

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BIMA est une entreprise internationale spécialisée dans la micro-assurance numérique, fondée en 2010 par les entrepreneurs suédois Gustaf Agartson et Mathilda Ström à Stockholm (Suède), et a son siège à Londres (Angleterre). Son modèle consiste à distribuer des assurances simples (vie, santé, accident) via le téléphone mobile, souvent en partenariat avec des opérateurs télécoms. L’entreprise s’est développée en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

Modèle de fonctionnement

Le système repose généralement sur trois piliers :

Souscription par mobile (SMS, USSD ou application)

Paiement de petites cotisations régulières (micro-primes)

Distribution via des opérateurs télécoms (comme Digicel en Haïti)

Pendant plus de dix ans, des milliers d’Haïtiens ont cotisé à l’assurance vie et santé BIMA, commercialisée via le réseau de Digicel.

En mai 2025, un simple SMS annonce la fin du service. Aucun communiqué détaillé. Aucun plan d’indemnisation. Des assurés ayant payé durant des années se retrouvent brutalement sans couverture.

Un produit intégré au réseau Digicel

BIMA était présenté comme un service accessible :

1- Cotisation mensuelle de 100 à 150 gourdes.
2- Prélèvement automatique sur les recharges Digicel.
3- Couverture annoncée en cas de maladie ou de décès.

Capture d’écran du message de félicitations de la BIMA via Digicel, indiquant à un client que le montant de son assurance est évalué à 100 000 gourdes.

Les transactions transitaient par le réseau Digicel et le produit était promu comme un service associé à l’opérateur.

Pourtant, face aux réclamations, Digicel affirme ne pas être responsable de la gestion des fonds.

La question est directe : peut-on distribuer un produit financier pendant dix ans et s’en dissocier au moment de sa disparition ?

Une fermeture sans explication claire

Fin mai 2025 :

1- Notification par message texte.
2- Arrêt du service.
3- Aucune communication institutionnelle détaillée.

Le 11 juillet, les clients reçoivent une offre dite compensatoire :

60 jours d’appels et d’internet illimités.

Pour des cotisants de longue date, cette mesure est jugée insuffisante et déconnectée du préjudice subi.

Me Arnel Rémy exige justice et réparation

Convocation officielle du juge d’instruction près le Tribunal de première instance de Port-au-Prince, Me Paul Éronce Villard, adressée le 4 février 2026 à la citoyenne Wesma Joanis dans le cadre d’une enquête judiciaire.

Selon Me Arnel Rémy, avocat de plusieurs assurés, l’affaire dépasse le cadre d’un simple différend commercial. Il dénonce :

1- Des prélèvements continus sans mécanisme transparent de remboursement.
2- L’utilisation et le transfert de données personnelles.
3- Une responsabilité conjointe entre BIMA et Digicel.

Me Rémy exige justice et réparation pour les assurés lésés et appelle à l’ouverture d’une enquête indépendante afin d’établir les responsabilités.

Les victimes s’organisent

Le 9 juillet 2025, des assurés ont annoncé la création d’une association de victimes. Ils réclament :

1- Un audit des montants collectés.
2- La publication des engagements contractuels.
3- Une indemnisation proportionnelle aux cotisations versées.

Photo de plusieurs personnes brandissant des affiches et pancartes, et Me Arnel Rémy en avant-plan, dénonçant l’escroquerie de la BIMA en complicité avec Digicel.

Un test pour la régulation financière en Haïti

Ce dossier pose une question fondamentale :
qui supervise réellement les produits d’assurance numérique distribués via les opérateurs télécoms (Digicel) en Haïti ?

L’affaire BIMA-Digicel pourrait constituer un précédent majeur en matière de responsabilité financière et de protection des consommateurs.

Les assurés attendent désormais des réponses claires, et non des forfaits temporaires.

Djovany Michel est PDG et rédacteur en chef de Satellite509, un média d’investigation indépendant. Journaliste d’enquête, il est spécialisé dans la dénonciation de la corruption, la mauvaise gouvernance, les abus de pouvoir et les violations de l’intérêt public. Ses travaux portent sur des enjeux nationaux et internationaux, avec une approche rigoureuse, critique et documentée.

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