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“Donne 1 000–2 000 $ et on te libère” — abus sexuels et rançonnages contre les Haïtiens par les forces de l’ordre en République dominicaine

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Un phénomène de violence systémique et d’extorsion cible depuis plusieurs années les Haïtiens en situation irrégulière en République dominicaine. Des témoignages recueillis font état d’agents des forces de l’ordre — policiers, militaires, inspecteurs de migration — qui arrêtent des ressortissants haïtiens, les maintiennent en détention, exigent des sommes allant de 1 000 à 2 000 dollars US (ou l’équivalent en pesos dominicains) pour leur libération et, plus grave encore, commettent des violences physiques et sexuelles contre des migrants de tout âge et de tout sexe.

● Le rapport annuel du Département d’État américain note que les services de migration et d’autres forces de sécurité en RD ont « soumis des individus, principalement d’origine haïtienne, à des traitements dégradants et à des passages à tabac ».

● Selon un article du The Washington Post du 19 mai 2024, cette intensification du harcèlement a laissé les Haïtiens « vulnérables aux pires abus », y compris des cas de vol, d’extorsion et d’agression sexuelle lors d’arrestations.

● Le 19 avril 2024, les autorités dominicaines ont arrêté un militaire accusé d’avoir violé une jeune fille haïtienne de 14 ans lors d’une opération d’immigration près de Punta Cana.

● En octobre 2024, dans le cadre d’une politique visant à expulser jusqu’à 10 000 migrants haïtiens par semaine, un reportage a documenté la rafle de la jeune femme haïtienne « Rose-Merline Florvil », enceinte, rapatriée sans délai le 11 octobre.

Le mode opératoire est à peu près le même : les agents interpellent des Haïtiens — souvent sur la base de leur apparence, d’un tatouage, de cheveux teints ou du fait même d’être Haïtien — puis les accusent arbitrairement d’appartenir à un « gang ». Ils sont transférés en détention, puis soumis à des demandes de rançon.

Pour beaucoup, l’« option » est claire : payer ou être transféré en Haïti, sans possibilité d’un véritable procès ou recours.

Mais ce qui franchit un nouveau seuil d’horreur, c’est l’agression sexuelle : femmes, filles, parfois enfants ou adolescents, sont victimes de violences commises directement ou tolérées par des agents d’État. Ces actes ne sont pas de simples bavures — ils s’inscrivent dans un système de terreur et de chantage.

Cette situation crée un climat de peur : des familles haïtiennes hésitent à envoyer leurs enfants dans la rue, des femmes enceintes n’osent plus se rendre à l’hôpital, craignant d’être arrêtées ou abusées. Comme le souligne un rapport, le contrôle migratoire s’est transformé en rafle permanente et en marché noir de l’être humain.

Ce que nous demandons :

● Une enquête indépendante internationale sur les pratiques de la police dominicaine et des forces d’immigration vis-à-vis des Haïtiens.

● Que les auteurs présumés — policiers, militaires, inspecteurs — soient traduits en justice.

● Un mécanisme de protection des victimes haïtiennes sur le sol dominicain, avec accès à un avocat, à un hébergement sûr et à une aide humanitaire.

● Que le gouvernement haïtien et les organisations internationales exigent que la RD respecte les droits fondamentaux des migrants, sans distinction de nationalité, de couleur, d’apparence ou de situation administrative.

Quand un agent d’État arrête, viole, extorque et libère contre rançon, ce n’est plus de la sécurité publique : c’est l’abus absolu du pouvoir. Le silence est complice. Les acteurs de la presse, les influenceurs, les ONG et les citoyens doivent relayer ces faits, mettre en lumière l’impunité et exiger que l’ombre se retire. Rien ne justifie que des êtres humains soient traités comme des marchandises.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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