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Forum PNUD–Canada à Limonade : deux jours, des promesses non tenues et de lourds soupçons de détournement

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Un forum soutenu par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), en collaboration avec l’ambassade du Canada et l’Université Henry Christophe de Limonade, s’est tenu les 10 et 11 décembre derniers dans le Nord-Est. Annoncé comme une activité de trois jours, l’événement n’en aura finalement duré que deux, sans qu’aucune explication officielle ne soit fournie aux participants. Une réduction de format qui, à elle seule, soulève déjà des interrogations sur l’organisation et la transparence de cette initiative censée renforcer la participation des jeunes.

La vidéo parvenue à notre rédaction le 25 décembre 2025, dans laquelle l’un des responsables du forum évoque le dossier, sans toutefois apporter de suite concrète.

Deux mois avant la tenue du forum, des conditions claires avaient pourtant été communiquées aux participants. S’il était précisé que les frais de nourriture ne seraient pas pris en charge, les organisateurs s’étaient engagés à rembourser les dépenses liées à la participation aux journées du forum. Des jeunes venus de Fort-Liberté, du Cap-Haïtien, de Port-de-Paix, d’Ouanaminthe, entre autres, ont effectué le déplacement en se basant sur ces garanties.

Or, à ce jour, ces engagements n’ont pas été respectés. Selon une source jointe par notre rédaction, aucun remboursement n’a été effectué, notamment pour un groupe de jeunes venus d’Ouanaminthe. « Yo pa ban nou frè ki te disponib pou nou an », déplore la source, qui affirme avoir multiplié les démarches sans succès. Cette situation alimente un profond sentiment de frustration et de mépris chez des participants qui estiment avoir été instrumentalisés.

Plus troublant encore, l’un des responsables impliqués dans ce dossier a publié une vidéo évoquant l’existence des fonds, sans toutefois fournir d’explication claire sur leur gestion ni sur les raisons du non-paiement. Pour plusieurs observateurs, cette communication floue ressemble davantage à une tentative de diversion qu’à un véritable exercice de reddition de comptes.

Face à la détermination de certains jeunes à dénoncer ce qu’ils considèrent comme un détournement de fonds, l’un des organisateurs, identifié comme Jacques Juveni, a adressé un message privé à une source, message que celle-ci a accepté de partager. On peut y lire :
« Bonsoir, joyeux Noël ! Eseye kite sa k pase a kòm yon ti ensidan e avanse. An reyalite pwoblèm nan pa soti nan PNUD, men nou asime sa k pase a. Mwen travay pou PNUD e m te prensipal moun ki te envite jèn yo. Donk, se fòt pa m ak rès ekip la. Nou pa p kouri pou responsabilite nou. Sa m konnen sèke dosye a ap trete, e moun ki te reyèlman nan aktivite a e ki te jwenn envitasyon pou sa ap resevwa frè yo. »

Pour les jeunes concernés, ce message relève davantage de la moquerie que d’une réponse sérieuse. Ils rappellent que l’activité, censée durer trois jours, s’est achevée dès le 11 décembre, et que plus de douze jours se sont écoulés avant l’envoi de ce message, sans aucun remboursement effectif. « Yo pran nou pou moun sòt », estime l’un d’eux, dénonçant une tentative évidente de gagner du temps et d’éteindre la contestation.

C’est dans ce contexte que les plaignants se sont tournés vers la rédaction de Satellite509, convaincus que ce média, engagé dans la lutte contre la corruption et la défense des jeunes, peut contribuer à faire éclater la vérité. Leur inquiétude est d’autant plus grande que d’autres forums similaires sont annoncés dans plusieurs départements, notamment dans le Grand Sud. « Nou pa ta vle yo repete menm abi a lòt kote », préviennent-ils, estimant que ce qui est présenté comme un « ti ensidan » n’est rien de moins qu’un grave acte de corruption qui mérite une enquête sérieuse et des sanctions exemplaires.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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