Haïti : Jovenel Moïse a payé le prix de la nomination de 50 juges corrompus, et son assassinat reste impuni quatre ans après
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Le véritable fléau d’Haïti ne se limite pas à la montée des gangs armés. La crise sécuritaire trouve sa source plus profonde dans l’effondrement programmé de la justice, affaiblie par des oligarques et des politiciens corrompus qui ont transformé l’institution judiciaire en instrument d’impunité.
Jovenel Moïse et la dérive de l’appareil judiciaire
L’ancien président Jovenel Moïse avait l’opportunité historique de réformer en profondeur la justice haïtienne. Au lieu de restaurer l’autorité de l’État de droit, son administration a imposé la nomination de près de cinquante juges soupçonnés de corruption, renforçant la mainmise politique sur les tribunaux et consacrant l’impunité comme mode de gouvernance. Avant son assassinat, le président avait lui-même dénoncé ces nominations, affirmant qu’elles lui avaient été imposées sous pression.
Résultat : après l’assassinat du président, aucune condamnation depuis au moins quatre ans plus tard. Une faillite judiciaire qui symbolise l’effondrement total de l’État.
Par contre, aux États-Unis, on peut compter ce 4 décembre 2025 au moins quatre condamnations pénales confirmées dans le dossier de l’assassinat du président Jovenel Moïse : Rodolphe Jaar, Germán Alejandro Rivera García, John Joël Joseph et Joseph Vincent.
Oligarques, trafics et contrôle des institutions
Des personnalités telles qu’Édouard Baussan, citées dans des rapports policiers pour trafic d’armes et soupçonnées d’implication dans l’assassinat du président Moïse, demeurent hors d’atteinte de la justice. Pire encore, ces acteurs imposeraient leurs hommes à la tête des Douanes et de l’APN, verrouillant les principales institutions publiques à des fins privées.
Ce contrôle des postes stratégiques alimente directement l’insécurité et renforce les réseaux criminels, pendant que la population reste livrée à elle-même.
Une lutte contre les gangs sans justice est une illusion
Parler de lutte contre les gangs en Haïti sans une justice indépendante relève de la manipulation politique. Tant que l’appareil judiciaire restera sous l’influence des réseaux mafieux, aucune opération sécuritaire ne pourra produire de résultats durables.
Sans assainissement du système judiciaire, il n’y aura ni sécurité, ni élections crédibles, ni rétablissement de l’État de droit.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
