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Haïti : l’ONU alerte sur l’expansion des gangs et l’exploitation massive des mineurs

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Un rapport conjoint publié ce vendredi 20 février 2026 par le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) et du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) dresse un constat particulièrement alarmant de la situation sécuritaire en Haïti. Selon les Nations Unies, le pays compterait actuellement 26 gangs actifs dont l’expansion favorise l’exploitation des enfants. Près d’un demi-million de mineurs vivraient sous l’influence directe de ces groupes armés, une réalité qui pousse l’organisation à appeler à une réponse urgente centrée sur la protection de l’enfance.

Session du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies consacrée aux enjeux sécuritaires et humanitaires.

Publié depuis Genève, le document met en lumière l’enracinement d’une crise multidimensionnelle nourrie par la pauvreté chronique, les déplacements massifs de population et la faiblesse des mécanismes de protection sociale. Les experts onusiens estiment que cette dynamique fragilise profondément le tissu social haïtien et compromet l’avenir de toute une génération, exposée très tôt à la violence et à la criminalité organisée.

Une photo largement diffusée sur les réseaux sociaux montre plusieurs enfants aux côtés du chef de gang Jimmy Chérizier, alias “Barbecue”.

Le rapport souligne que les gangs utilisent les enfants à différents niveaux de leurs activités. Certains mineurs sont contraints d’assurer la surveillance des forces de l’ordre, de transporter des messages ou des rançons, ou encore de collecter des paiements liés à l’extorsion. D’autres sont impliqués dans des actes de violence extrême, notamment des enlèvements, des destructions de biens, des assassinats ciblés ou des violences sexuelles. Dans bien des cas, ces enfants sont recrutés de force ; dans d’autres, ils sont attirés par la promesse de protection, de nourriture ou d’un statut social.

Faute de données exhaustives, l’ampleur exacte du phénomène demeure difficile à établir. Toutefois, l’ONU estime que plus de 500 000 enfants vivent dans des zones sous contrôle de gangs, tandis que la violence armée a déjà forcé plus de 1,4 million de personnes à quitter leur domicile, dont une proportion importante de mineurs. Les enfants des rues, ceux issus de familles extrêmement précaires et les déplacés internes figurent parmi les plus exposés.

Les Nations Unies déplorent également que les réponses actuelles restent insuffisantes, fragmentées et largement sous-financées. Autre préoccupation majeure : les mineurs associés aux gangs sont encore trop souvent traités comme des délinquants plutôt que comme des victimes. Le rapport mentionne même des cas où des enfants ont été tués lors d’opérations sécuritaires ou par des groupes d’autodéfense.

Face à cette situation critique, l’ONU appelle à une stratégie globale fondée sur les droits humains. Elle recommande notamment de renforcer les mécanismes de protection sociale, de consolider le rôle protecteur de l’école, de créer des espaces sûrs pour les enfants, de développer la formation professionnelle des jeunes et de mettre en place des programmes de réhabilitation pour les mineurs exploités par les groupes armés. Pour l’organisation, placer la protection de l’enfance au cœur de la réponse sécuritaire constitue désormais une condition indispensable pour espérer stabiliser durablement le pays.

Léandro S Léonard

Djovany Michel est PDG et rédacteur en chef de Satellite509, un média d’investigation indépendant. Journaliste d’enquête, il est spécialisé dans la dénonciation de la corruption, la mauvaise gouvernance, les abus de pouvoir et les violations de l’intérêt public. Ses travaux portent sur des enjeux nationaux et internationaux, avec une approche rigoureuse, critique et documentée.

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