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Haïti : Me Végaire Espady qualifie le contrat de dix ans de la firme d’Erik Prince de « suspect et dangereux pour la souveraineté nationale »

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Le directeur exécutif du CHADDH, Me Végaire Espady, a vivement dénoncé ce qu’il qualifie de « contrat suspect » signé entre le gouvernement haïtien en transition et Vectus Global, la firme de sécurité privée dirigée par Erik Prince. Selon lui, ce contrat d’une durée de dix ans — divisé en deux périodes, l’une de deux ans et l’autre de huit ans — a été signé en toute opacité par l’ex-coordonnateur Fritz Alphonse Jean. Me Espady affirme que ce dernier a délibérément contourné les lois constitutionnelles pour permettre à une société étrangère de prendre le contrôle d’institutions financières stratégiques du pays, telles que les ports, les douanes et la Direction générale des impôts (DGI), entre autres.

D’après Me Espady, les termes de l’accord autorisent Vectus Global à percevoir des revenus avec un taux d’intérêt compris entre 15 % et 20 %, une clause qui est inacceptable dans un contexte national marqué par une crise multiforme. Il donne un ultimatum de quinze jours à l’équipe de transition pour « fournir à la nation des explications claires sur les motivations et les implications réelles de cet accord ». Il précise que plusieurs personnalités publiques, dont le militant Rod Joseph, ont également exprimé de sérieuses réserves à ce sujet.

En effet, Rod Joseph, figure connue de la scène politique haïtienne, a récemment alerté sur les dangers de cet accord, qu’il considère comme une menace directe pour la souveraineté du pays. Selon lui, confier à une « société de mercenaires » comme Vectus Global le contrôle des douanes, des ports, des aéroports et de la DGI revient à abandonner des leviers stratégiques de l’État. Il a identifié dix risques majeurs, notamment la perte de contrôle sur les frontières, la gestion des ressources nationales, l’éventuelle mainmise étrangère sur l’identification des citoyens, ainsi que le potentiel usage d’Haïti comme base d’opérations armées internationales. « Haïti doit rester maître de son destin », a-t-il déclaré, appelant à la vigilance citoyenne et à une mobilisation de la diaspora.

Parallèlement, selon une enquête de l’agence Reuters, Vectus Global a commencé ses opérations en Haïti dès le mois de mars, en déployant des drones sous la coordination d’un groupe de travail dirigé par le Premier ministre. Toutefois, ce n’est que récemment que la durée de dix ans de l’accord et l’objectif fiscal ont été révélés au grand public. Dans les semaines à venir, des centaines d’hommes — tireurs d’élite, experts en renseignement et spécialistes en communication — devraient être déployés depuis les États-Unis, l’Europe et le Salvador, avec le soutien logistique d’hélicoptères et de bateaux. Une montée en puissance qui renforce les inquiétudes quant à une possible perte de contrôle d’Haïti sur ses propres institutions au profit d’une société militaire privée étrangère.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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