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Haïti, nouvelle plaque tournante mondiale du trafic de drogues : l’ONU alerte sur une dérive incontrôlée

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Alors que le pays traverse l’une des pires crises sécuritaires de son histoire, les Nations Unies ont identifié Haïti comme un nœud central du trafic international de stupéfiants reliant l’Amérique du Sud, les Caraïbes et les États-Unis. Dans un rapport publié fin novembre, l’organisation estime que l’effondrement des institutions haïtiennes, combiné à l’emprise croissante des gangs armés, a transformé le territoire en un corridor stratégique pour les réseaux criminels transnationaux.

Alliances entre gangs haïtiens et cartels sud-américains

Selon l’ONU, les groupes armés haïtiens entretiennent désormais des connexions directes avec les cartels sud-américains et les réseaux criminels caribéens. Cette coopération s’est renforcée à mesure que la crise sécuritaire a provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes, aggravant une situation humanitaire déjà catastrophique. Les experts craignent que cette dynamique n’offre aux gangs un pouvoir économique et territorial sans précédent.

Saisies record : une preuve alarmante de l’ampleur du trafic

L’organisation cite plusieurs opérations récentes pour illustrer cette évolution inquiétante. En juillet 2025, les autorités haïtiennes ont intercepté 1 045 kilogrammes de cocaïne près de l’île de la Tortue — la plus grande saisie de stupéfiants en plus de trente ans. Quelques semaines plus tard, 426 kilos de cannabis ont été confisqués à Petite-Anse, près du Cap-Haïtien, tandis que deux Haïtiens arrêtés en Jamaïque transportaient 1 350 kilos de cannabis. La même année, la Belgique saisissait 1 156 kilos de cocaïne à Anvers dans un conteneur en provenance directe d’Haïti, confirmant l’extension du trafic vers l’Europe.

L’île de la Tortue : nouveau hub logistique du crime transnational

Pour les Nations Unies, l’île de la Tortue joue un rôle déterminant dans ces opérations. Historiquement utilisée comme base par les pirates, elle est devenue aujourd’hui un hub logistique idéal : éloignée, difficile à surveiller, et dotée d’un accès maritime direct vers les Bahamas, la Jamaïque et les îles Turques-et-Caïques. Les trafiquants profitent de la faiblesse de l’État haïtien et du manque de moyens du système judiciaire pour y stocker, transférer et redistribuer différentes cargaisons illicites.

Gangs en expansion : contrôle des routes, des frontières et des mers

Les gangs les plus influents se sont installés le long des corridors stratégiques de Port-au-Prince et près de la frontière dominicaine, contrôlant les principales routes utilisées pour la drogue, les armes et d’autres marchandises de contrebande. Ce contrôle territorial leur permet non seulement d’extorquer les habitants, mais aussi d’imposer des droits de passage aux bateaux et de mener des attaques armées en mer, leur assurant une emprise quasi totale sur les flux commerciaux clandestins.

L’ONUDC appelle à renforcer les institutions haïtiennes

Face à cette situation explosive, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) affirme travailler avec le gouvernement haïtien pour lutter contre la corruption, le blanchiment d’argent et l’implantation des gangs. Mais l’organisation reconnaît que, sans institutions solides et sans un appareil judiciaire fonctionnel, Haïti restera une cible privilégiée pour les réseaux criminels mondiaux — au détriment de sa sécurité, de sa souveraineté et de sa population déjà meurtrie.

Gerlanda F.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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