Impunité à visage découvert : Cholzer Chancy libéré pour « raison humanitaire », les détenus ordinaires laissés dans des prisons inhumaines
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L’ancien président de la Chambre des députés, Cholzer Chancy, est au cœur de plusieurs affaires judiciaires qui soulignent, une fois de plus, les dysfonctionnements du système judiciaire haïtien. Mis en cause dans des affaires de détournement de fonds et d’appropriation irrégulière de biens publics, son traitement judiciaire a suscité des interrogations sur l’égalité devant la justice, contrastant avec la situation des citoyens ordinaires.
Le 27 mai 2022, le parquet des Gonaïves a été saisi d’une plainte concernant la gestion opaque de 1,5 million de gourdes allouées en 2008 à la construction d’un dispensaire à Ennery. En mars 2019, la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSC/CA) a mis en cause sa compagnie, la CEC, pour le détournement présumé de 36 millions de gourdes destinés à des ouvrages publics. À ces dossiers s’ajoute un rapport de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC), transmis à la justice en 2023, relatif à l’appropriation et à l’usage irrégulier de biens publics du Centre national des équipements (CNE).
Malgré la gravité de ces faits présumés, le traitement judiciaire a été paradoxal et lent. Dans le cadre du dossier CNE, Chancy a comparu devant le juge d’instruction Al Duniel Dimanche le 8 janvier 2024 sans mesure coercitive, puis le 22 janvier 2024, date à laquelle il a été placé en détention provisoire. Deux mois plus tard, il a été libéré le 27 mars 2024 par le juge Merlan Bélabre pour motifs humanitaires, tout en restant à la disposition de la justice. Cette libération, alors que de nombreux citoyens ordinaires restent emprisonnés dans des conditions précaires et inhumaines, a suscité une vive indignation et illustre une justice à deux vitesses.
Le cas de Cholzer Chancy met en lumière les inégalités flagrantes du système judiciaire haïtien : les responsables politiques ou économiques mis en cause dans des affaires de détournements massifs bénéficient souvent de mesures humanitaires ou d’habeas corpus, tandis que les détenus ordinaires subissent des procédures longues, arbitraires et des conditions carcérales inacceptables.
Pour les observateurs, seule une application rigoureuse de la loi et la sanction effective des auteurs de détournements pourra rompre ce cycle d’impunité qui mine la confiance des Haïtiens dans leurs institutions.