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Injustice flagrante : extraction aérienne pour les soldats kényans, silence pour un policier haïtien

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La mort de l’agent de l’Unité départementale de maintien d’ordre (UDMO), Josué Saintima, révèle avec force l’inégalité de traitement qui fracture aujourd’hui la gestion de la sécurité en Haïti. Gravement blessé à la tête lors d’une intervention à Laboderie, entre Arcahaie et Cabaret, le lundi 17 novembre 2025, le policier a agonisé plus de deux heures sans assistance médicale adéquate. Aucun hélicoptère n’a été mobilisé pour le secourir, alors que chaque minute comptait. Pour beaucoup, ce silence total des autorités constitue une preuve supplémentaire du mépris et de l’abandon auxquels sont livrés les agents haïtiens en première ligne.

Voici la radiographie du policier Josué Saintima, mortellement touché par des tirs des bandits du groupe « Viv Ansanm » à l’Arcahaie.

Ce drame contraste violemment avec la rapidité d’intervention dont ont bénéficié plusieurs soldats kényans opérant dans le cadre de la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MMSS). Le 23 février 2025, l’officier kényan Samuel Tompei Kaetuai, touché par balle à la tête à Ségur (Savien), avait été immédiatement évacué par hélicoptère lors d’une opération CASEVAC. Le 18 mars 2025, un autre membre du contingent kényan grièvement blessé à Bélot, dans la commune de Kenscoff, avait lui aussi été extrait par voie aérienne, comme confirmé officiellement par la mission. Dans ces cas, aucune hésitation, aucun délai : les moyens aériens ont été mobilisés sur-le-champ.

Face à ces précédents, la population comme les policiers ne décolèrent pas. Comment expliquer qu’un Haïtien, combattant les armes à la main pour protéger ses concitoyens, ne puisse pas bénéficier du même réflexe de sauvetage ? D’autant que, le vendredi 14 novembre 2025, trois hélicoptères avaient été déployés pour une vaste opération contre les terroristes du gang 400 Mawozo. Plusieurs voix s’indignent qu’aucun de ces appareils n’ait été dérouté pour sauver la vie d’un agent en situation critique. Pour beaucoup, le problème n’est plus logistique : c’est la volonté politique qui fait défaut.

La mort de Josué Saintima devient ainsi un symbole douloureux de l’abandon chronique de la Police nationale d’Haïti. Les agents, confrontés chaque jour à des groupes lourdement armés, sont laissés sans équipements adéquats, sans soutien et, désormais, sans espoir d’assistance urgente en cas de blessure. Ce sentiment d’injustice profonde renforce l’idée qu’il existe deux catégories de vies : celles qu’on protège coûte que coûte, et celles qu’on laisse s’éteindre dans le silence.

Pour les collègues du policier disparu, pour sa famille et pour une grande partie de la population, cette tragédie pose une question fondamentale : quand l’État haïtien décidera-t-il enfin de défendre ses propres fils avec la même détermination que celle déployée pour des étrangers ?

Gerlanda F.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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